Congé paternité: la gauche genevoise va plus loin

Un projet de loi déposé par les partis de l’Alternative et les syndicats propose un congé de 18 semaines pour chaque parent. Une mesure en faveur de l’égalité hommes-femmes

Quand la Suisse se dote d’un congé maternité en 2005, Genève a déjà sa propre assurance maternité cantonale depuis 2001. Pionnier en matière de politique familiale, le canton pourrait bien le rester. Alors qu’un congé paternité de deux semaines au niveau fédéral entrera en vigueur en 2021, la gauche genevoise en veut plus. C’est pourquoi les partis de l’Alternative (Ensemble à Gauche, les Verts, le Parti socialiste) et la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) ont déposé le 14 octobre un projet de loi en faveur d’un «véritable» congé maternité-paternité cantonal.

Le texte propose d’instaurer un congé de 18 semaines pour chaque parent, au lieu de seize semaines pour la mère et de deux semaines pour le père, afin de permettre une meilleure répartition des tâches domestiques et familiales entre les hommes et les femmes, et donc de favoriser l’égalité au sein du couple. Les quatre premières semaines du congé paternité seraient obligatoirement prises dès la naissance, et le reste avant la première année de l’enfant. «Si nous voulons réellement changer les pratiques, nous avons tout intérêt à mettre en place une égalité parfaite entre les deux sexes, commente Joël Varone, secrétaire à la CGAS. Si le congé est libre, la femme du couple aura davantage tendance à le prendre, perpétuant les inégalités à la maison et dans le monde du travail.»

A noter que ce projet de loi permettra également une autre avancée, dans la mesure où il inclut les parents de même sexe dans le dispositif.

Financement paritaire

Selon ses auteurs, le coût de cette mesure serait «abordable», à savoir 300520000 francs, soit 1% de la masse salariale du canton. Le projet serait financé par une augmentation des cotisations de 0,5%, à la fois des côtés employeur et employé.

Par ailleurs, l’objectif est que le plus grand nombre en profite, sans laisser les bas revenus à l’écart. Sachant que le système de congé maternité et paternité ne prend en charge que 80% des revenus, une perte considérable à supporter pour les salariés les plus modestes, le projet de loi prévoit de verser aux personnes se situant en dessous d’un certain revenu l’intégralité ou un pourcentage plus élevé (85, 90 ou 95%) de leur gain assuré. Une solution plus sociale.

Genève est prêt

Alors que chez nos voisins allemands, français, espagnols ou portugais, l’octroi d’un congé paternité ou parental ressort de l’évidence, la Suisse est le dernier pays européen à le mettre en place. Pourtant, ses avantages sont indéniables, selon les auteurs du projet de loi. Il fera d’abord diminuer les discriminations en lien avec la maternité sur le marché du travail qui pèsent sur les femmes et il renforcera l’engagement des pères au sein de la famille pour le plus grand bien du développement de l’enfant. Enfin, pour les employeurs récalcitrants, il a été prouvé que le congé paternité influence positivement la productivité, le chiffre d’affaires et l’ambiance de travail au sein des entreprises.

«D’un point de vue sociétal, je crois que le canton de Genève est prêt à accueillir un congé paternité digne de ce nom, opine Joël Varone. Quant à une adoption par une majorité parlementaire, il faudra voir si les déclarations de certaines candidates de droite seront toujours d’actualité après les élections fédérales et leur cortège de promesses électorales. Mais, au besoin, nous nous tiendrons prêts à reprendre ce projet de loi sous forme d’une initiative cantonale.»

Quoi qu’il arrive, il faudra attendre que le congé paternité fédéral entre en vigueur pour faire bouger les lignes au bout du lac.