La mobilisation pour un délégué syndical porte ses fruits

Grève éclair devant les locaux de l'entreprise.
© Eric Roset

Une grève éclair a permis de trouver un accord à la hauteur des attentes du délégué syndical licencié.

Rassemblés le 21 novembre pour dénoncer le licenciement de leur représentant du personnel, les employés de la fonderie genevoise ont réussi à faire plier la direction

Douze heures pétantes devant la fonderie Kugler, au Lignon, le 21 novembre. Les syndicalistes d’Unia débarquent, drapeaux, banderoles, tente et ravitaillement sous les bras. «Réintégrez le délégué!», voilà le message. Les collègues sortent, en soutien avec leur représentant du personnel depuis environ huit ans, licencié quelques jours auparavant avec effet immédiat après 17 ans de service. Malek, le principal intéressé, est présent.

A peine le piquet de grève installé que le patron de la fonderie demande à dialoguer avec le syndicat. En moins d’une heure, le conflit est réglé. «Nous avons discuté de la possibilité de réintégrer Malek à son poste, rapporte Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia Genève. Face à la complexité de la situation, la réintégration n’était pas envisageable. Nous avons opté pour une autre piste, à savoir celle d’une mesure d’accompagnement à la hauteur des attentes de Malek, lui permettant de sortir dignement de l’entreprise.» Le montant de l’enveloppe ne sera pas dévoilé, mais Malek se montre satisfait.

Dans le viseur

Revenons brièvement sur l’historique de ce conflit. Tout commence, selon le délégué Unia, au mois de mai dernier, lorsqu’un nouveau directeur intègre Kugler. Peu de temps après, l’annonce d’un licenciement collectif de dix personnes tombe. «Je me suis battu bec et ongles, comme d’habitude, et j’ai réussi à faire annuler ce licenciement collectif.» Combatif, redoutable et extrêmement efficace, Malek se retrouve vite dans le viseur de ce supérieur. «Je savais qu’il voulait se débarrasser de moi, mais je ne pensais pas que ça allait se passer de cette façon.» Sans entrer dans les détails, ce dernier est licencié avec effet immédiat le 18 novembre pour des faits qu’il conteste. «J’ai pris un coup de massue!» Il se dit toutefois très satisfait de l’accord négocié: «Je n’ai encore aucune piste professionnelle, j’ai besoin de temps pour encaisser le coup.»

Protection lacunaire

Collègue apprécié, Malek va laisser un vide, d’autant qu’il était le seul délégué chez Kugler. Les employés vont donc devoir en désigner un autre, encore faut-il que l’un d’entre eux ose briguer la fonction après ce qu’il vient de se passer… «Nous sommes face à un problème extrêmement grave qui dépasse le cas individuel de Kugler, reprend Alessandro Pelizzari. Les représentants du personnel sont de plus en plus mis sous pression par leur direction, et certaines entreprises préfèrent les éliminer, quitte à être mal vues ou à devoir payer des indemnités, plutôt que de les garder. C’est un scandale que cela existe encore en Suisse en 2019! C’est donc aussi l’occasion pour nous de dénoncer une nouvelle fois le manque de protection contre les licenciements des délégués syndicaux.»