L’âme d’un explorateur

Stefan Ansermet
© Thierry Porchet

Stefan Ansermet vient de sortir un guide Osez la nuit louant les balades dans le noir. Un moyen de décupler les autres capacités sensitives que celle de la vue...

Minéralogiste, photographe et écrivain, Stefan Ansermet s’est fabriqué un monde sur mesure, alliant ses passions à son travail

«J’ai une chance immense!» Une phrase qui reviendra souvent dans la bouche de Stefan Ansermet, heureux d’exercer un métier se confondant avec ses passions. Minéralogiste, photographe et chercheur associé, le Vaudois de 54 ans, père d’un enfant de 9 ans, travaille à 40% pour le Musée de géologie de Lausanne. Parallèlement, il voyage aux quatre coins du monde en quête de pierres rares, cherche de l’or en Equateur, rédige des articles pour des revues spécialisées ou encore écrit des guides dont le dernier, Osez la nuit, loue le bonheur de randonnées sous les étoiles. «Une façon de nous ouvrir davantage aux autres sens que celui de la vue, le plus important», s’enthousiasme cet amoureux de la nature rompu aux promenades nocturnes depuis des décennies. Un plaisir découvert lors de son service militaire, qu’il n’a cessé de cultiver. Mais si Stefan Ansermet apprécie sa vie et l’indépendance qu’elle lui offre, il la doit avant tout à sa ténacité et à l’acceptation d’une certaine précarité ayant accompagné son parcours. «J’ai vécu avec rien ou presque. L’argent n’a jamais été ma motivation», affirme le quinquagénaire aux besoins frugaux et à la nature solitaire. Un trait de caractère qui l’a, jeune, desservi. 

Un esprit libre

«J’ai été renvoyé du collège à l’âge de 16 ans, puis des cours préparatoires aux arts appliqués. Sans être agressif, j’étais antisocial, absent. Je m’ennuyais», raconte cet homme à l’esprit libre qui n’a toutefois aujourd’hui rien de revêche ou d’inamical. Mais, confie-t-il, le défaut de se montrer parfois cassant, froid, arrogant... L’élève réfractaire d’alors a su en revanche largement mettre à profit son côté sauvage. «Ado, je courbais l’école et me réfugiais à l’église, au cimetière... pour lire», précise Stefan Ansermet qui se définit comme un «lecteur pathologique», dévorant ouvrages scientifiques et romans. Si les études ne lui réussissent pas, le jeune va en revanche terminer son apprentissage de photographe davantage en phase avec sa personnalité. Son CFC en poche, il travaille plusieurs années pour différentes publications romandes. Tout en cultivant son amour des pierres déjà bien ancré dans sa vie. Et un peu par hasard... «En fait, j’ai toujours rêvé d’être explorateur», explique Stefan Ansermet qui commence par chercher des cristaux rares en Suisse, notamment en Valais, puis dans les pays voisins avant d’élargir son terrain de chasse à la terre entière. Et qui deviendra minéralogiste autodidacte, abandonnant sa casquette de photographe de presse pour se consacrer à cette passion. 

Voyages intérieurs

«Ce que j’apprécie vraiment, c’est le moment de prospection, toutes les antennes de la perception ouvertes, l’attention flottante. Un état émotionnel particulier. Cette phase m’intéresse plus que les minéraux eux-mêmes. Je n’ai d’ailleurs pas l’âme d’un collectionneur. Je ne garde pas ce que je trouve.» L’utilité de la minéralogie? Pour Stefan Ansermet, il s’agit, au-delà de l’esthétique, de connaître la planète – 5300 variétés de pierres ont été à ce jour recensées. Une science qui relève d’une curiosité naturelle. Instinctive. Et Stefan Ansermet de rappeler toutefois que tout vient des pierres. L’industrie comme l’agriculture – «même la terre, on ne pourrait la cultiver sans les métaux». Et l’homme, des étoiles dans les yeux, d’évoquer les cristaux extraordinaires que recèle le manteau terrestre, «d’une beauté hors du commun». Ses terrains de chasse favoris? Les déserts du sud-ouest américain et du nord du Mexique où il a mené des recherches sans croiser âme qui vive des jours durant. Une quête plurielle, le voyage étant aussi largement intérieur... «J’ai une chance fabuleuse», martèle une nouvelle fois le Vaudois ravi que son manque de souplesse scolaire lui ait au final, permis de «se fabriquer un monde» sur mesure, lui qui se ressource dans ses virées en solitaire dans la nature, la plus sauvage possible. Et alors qu’une de ses trouvailles porte son nom, l’Ansermétite, un joli caillou couleur rouge bordeaux découvert aux Grisons. 

Le temps, cet ennemi

Créatif, des projets plein les tiroirs, Stefan Ansermet s’épanouit aussi dans l’écriture qu’il dit avoir naturelle, «compulsive». «J’ai toujours noirci des carnets», note l’auteur de plusieurs ouvrages dont un sur les lieux mystérieux de Suisse romande posant des énigmes archéologiques ou historiques. Toujours cet esprit d’exploration qui l’anime... Doublé du plaisir de stimuler ses neurones. Sa plume agit aussi comme pierre philosophale, lui permettant «d’approfondir et de transformer des expériences dérangeantes pour en tirer des enseignements». Résolument optimiste, heureux – le minéralogiste associe le bonheur à un état d’équilibre avec soi et le monde –, Stefan Ansermet confie néanmoins sa peur de vieillir. «Les rides m’importent guère mais plutôt la crainte de voir son énergie diminuer. Avec un temps qui nous grignote inexorablement. Et le risque de ne pouvoir faire tout ce que j’aimerais.» Pas question, dans ce contexte, de se livrer à la procrastination. En novembre, il retourne, pour la troisième fois cette année, dans la jungle amazonienne équatorienne, travaillant comme consultant pour une société active dans la prospection d’or. Une expédition difficile au cœur d’espaces vierges, sous tente, entre un climat éprouvant, les insectes, les serpents, etc. «On cherche l’Eldorado», sourit Stefan Ansermet. Dans l’intervalle, armé d’un marteau et d’une loupe, il partira régulièrement sur le terrain suisse casser des cailloux avant de les analyser en laboratoire. Tout sauf le bagne...

Stefan Ansermet