L’avenir du travail passe par le tripartisme

Vania Alleva, vice-présidente de l’Union syndicale suisse, Guy Ryder, secrétaire général de l’Organisation internationale du travail et Johann Schneider-Ammann, réunis par la déclaration tripartite scellant le renforcement du partenariat social.
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Vania Alleva, vice-présidente de l’Union syndicale suisse, Guy Ryder, secrétaire général de l’Organisation internationale du travail et Johann Schneider-Ammann, réunis par la déclaration tripartite scellant le renforcement du partenariat social.

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann et les représentants des associations faitières patronales et syndicales ont signé une déclaration sur le futur du travail et du partenariat social à l’ère de la numérisation de l’économie

L’an prochain, l’Organisation internationale du travail (OIT) soufflera ses 100 bougies. Un événement que la Suisse, membre fondatrice de l’Institution, a décidé de marquer d’une pierre blanche. Dans le cadre des célébrations, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann et les représentants des associations faîtières patronales (Union patronale suisse et Union suisse des arts et métiers) et syndicales (Union syndicale suisse et Travail Suisse) ont signé le 18 octobre dernier à Berne une déclaration en présence de Guy Ryder, directeur général du bureau de l’OIT. Cette dernière porte sur le futur du travail et du partenariat social à l’ère de la numérisation de l’économie. Elle met l’accent sur les chances que représentent les nouveaux développements technologiques mais aussi les risques. Et liste les points clés pour que les changements profitent aussi bien aux employeurs qu’aux salariés. «En signant la déclaration, les partenaires sociaux marquent leur confiance renouvelée dans le renforcement du partenariat social pour relever les défis du monde du travail de demain. Il s’agit de poursuivre l’effort visant à assurer la compétitivité et le succès de la place économique suisse tout en adaptant les conditions sociales et de travail pour maintenir et créer des emplois décents et hautement qualifiés», a relevé le Conseil fédéral dans un communiqué.

Trois piliers fondamentaux

Un engagement tripartite apprécié dans les rangs syndicaux. «Cette déclaration représente un pas historique propre à renforcer le partenariat social existant et appelant à l’étendre», commente avec satisfaction Corinne Schärer, membre du comité directeur d’Unia. «Trois piliers de la déclaration nous paraissent particulièrement importants. Le premier porte sur la consolidation des Conventions collectives de travail existantes (CCT) et la signature de nouvelles. Un accord dans la branche du commerce de détail serait entre autres vraiment nécessaire», relève la représentante syndicale. L’investissement dans la formation professionnelle et continue constitue un autre élément capital du texte. Et la syndicaliste d’insister sur le besoin d’une mise à jour des connaissances tout au long de la vie professionnelle qui doit être favorisée par les employeurs. Le troisième facteur jugé indispensable à une transition profitable à tous passe par l’impérative nécessité de disposer d’assurances sociales couvrant l’ensemble des travailleurs. «Les employés des économies de plateforme, à l’image de ceux d’Uber, doivent en bénéficier.» Pour Corinne Schärer, l’engagement pris n’aura par ailleurs d’effet que s’il débouche sur la création d’un groupe de travail: «Nous nous mobilisons dans ce sens et en faveur de la mise en œuvre de projets concrets. Bien sûr, il faudra du temps.» 

Le maillon faible

Dans un communiqué commun, les syndicats signataires de la déclaration soulignent encore le besoin d’un renforcement des mesures d’accompagnement à la libre circulation et non d’un affaiblissement. Selon ces derniers, le texte confirme en effet cette exigence. Ils se réfèrent en particulier à des passages relatifs à l’importance «de protéger les conditions de travail et les salaires» et à «l’implication des partenaires sociaux dans les instances tripartites de régulation du marché du travail». 

Reste un point faible dans la démarche: la protection contre les licenciements antisyndicaux. «L’OIT avait demandé un changement de loi en la matière en 2010. Sans succès», rappelle Corinne Schärer. Pour les organisations des travailleurs, il est aussi important que la déclaration affirme «que les normes ratifiées de l’OIT sont contraignantes pour la Suisse et qu’elles guident son engagement». Et ces derniers d’insister pour que la Confédération helvétique, qui aura l’honneur de présider la Conférence internationale du travail l’année du centenaire, s’en montre d’autant plus digne en mettant enfin en œuvre les prescriptions de l’OIT...