Le personnel de JTI n’a pas dit son dernier mot

Une centaine d’employés de la multinationale installée à Genève se sont rassemblés le 22 octobre sur le coup de midi pour dénoncer l’attitude irrespectueuse de la direction et un plan social largement insuffisant.
© Neil Labrador

Une centaine d’employés de la multinationale installée à Genève se sont rassemblés le 22 octobre sur le coup de midi pour dénoncer l’attitude irrespectueuse de la direction et un plan social largement insuffisant. Pour le secrétaire régional d’Unia Alessandro Pelizzari, les quelques propositions faites par l’employeur deux jours après cette action restaient encore insatisfaisantes.

Rassemblés la semaine dernière devant le siège de l’entreprise, une centaine d’employés ont dénoncé l’attitude de leur direction. Les négociations autour du plan social sont en cours

Les employés de Japan Tobacco International (JTI) haussent le ton. Le 22 octobre, une centaine d’entre eux se sont réunis devant le siège mondial de la multinationale à Genève pour dénoncer l’attitude irrespectueuse de leur direction à la suite de l’annonce de la suppression de 268 postes, soit plus d’un quart des emplois. Ils ont regretté le manque de temps pour faire des propositions alternatives aux licenciements, mais aussi le fait qu’elles aient été balayées d’un revers de main. Pour rappel, cette restructuration s’inscrit dans le cadre d’un plan mondial prévoyant 3700 suppressions de postes et la délocalisation de certains services en Pologne, en Russie et aux Philippines.

Le rassemblement était aussi l’occasion d’exprimer leur mécontentement quant au plan social proposé par le cigarettier japonais, jugé insuffisant et bien en dessous des standards. Les collaborateurs estiment que les indemnités de licenciement prévues sont trop faibles et ils regrettent notamment qu’aucune disposition particulière ne soit envisagées pour les employés de plus de 50 ans.

Affaire à suivre

Afin que la pilule soit moins difficile à avaler, le personnel de JTI a récemment déposé une contre-proposition au plan social de la direction, qui a pris position à ce sujet le 24 octobre. «Lors de cette séance de négociations entre la direction et les délégués du personnel, quelques améliorations ont été proposées, mais nous sommes encore loin du compte», rapporte Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia Genève.

A l’heure où nous mettions sous presse, lundi, une seconde séance de négociations devait avoir lieu. Une assemblée générale des travailleurs, convoquée pour le lendemain, devait discuter des résultats des pourparlers et décider des suites à donner au mouvement et d’éventuelles mesures de lutte.

Témoignage

«Je ne reconnais plus mon entreprise»

Michelle* travaille pour JTI depuis plus de dix ans et, début septembre, elle s’est prise «une grosse claque». Alors que la direction annonce des bénéfices énormes, la restructuration provoque l’incompréhension. «Nous sommes tous conscients qu’une entreprise peut être amenée à effectuer des changements. Le problème dans notre cas, c’est que personne ne nous explique en quoi consiste cette “transformation” et à quoi elle va aboutir. Quant à la façon de faire, c’était une boucherie! On a toujours vendu JTI comme une société humaine qui prenait soin de ses employés: aujourd’hui, je ne reconnais plus mon entreprise. Pour ma part, on m’a dit début septembre que mon poste allait disparaître à la fin du mois. Un mois plus tard, pas de nouvelles, je viens tous les jours au travail sans savoir combien de temps cela va durer. Ce n’est pas qu’un simple travail: nous avons investi notre temps et notre énergie pour JTI. C’est une énorme déception. Quant au plan social proposé, c’est une catastrophe. Il offre au maximum trois mois de salaire: dans un marché du travail genevois saturé, il est impossible de retrouver un emploi en si peu de temps. Nous avons le sentiment qu’ils veulent se débarrasser de cet aspect le plus vite possible, tout en perdant le moins d’argent. De notre côté, nous exigeons un plan social décent qui reflète les valeurs humaines auxquelles prétend JTI depuis plusieurs années. Certains collègues sont déterminés à aller jusqu’au bout. Cela dit, d’autres ont peur: la restructuration s’étalant sur trois ans, ils craignent d’être licenciés avant.»

*Prénom d’emprunt.