Levons le tabou

S’il y a bien une chose qui nous réunit toutes, nous les femmes, ce sont les règles. Douloureuses ou pas, abondantes ou pas, ponctuelles ou pas, régulières ou pas, handicapantes ou pas, nous ne sommes pas toutes égales face à nos menstruations, mais elles nous concernent toutes à un (long) moment de notre vie. Elles sont notre réalité. Chaque mois, la moitié de l’humanité est confrontée à ces ragnagnas, tout comme l’autre moitié, en qualité de conjoint, de frère ou d’ami. Un processus on ne peut plus naturel, signe de bonne santé. Et pourtant, les règles restent un sujet gênant qu’on préfère souvent garder secret, même en Occident. Dans certains pays, la honte et l’angoisse qu’elles procurent peuvent même mettre en danger la santé des filles et des femmes. Afin de sensibiliser pour mieux briser cet immense tabou, la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle a eu lieu le 28 mai.

D’après l’Unesco, une femme sur dix en Afrique manque l’école chaque mois faute d’équipements sanitaires suffisants ou de peur de se tacher. En Iran, 48% des jeunes filles pensent que les règles sont une maladie, selon l’Unicef. Une désinformation qui laisse place aux mythes en tout genre, rabaissant les femmes, les rendant impures, sales, voire contagieuses. Bref, un prétexte de plus pour diaboliser le corps des femmes. L’autre gros problème, mis en évidence par cette Journée, c’est l’accès aux protections hygiéniques. Car les menstruations, ça a un coût! En moyenne, une femme vivra environ 480 cycles, entre 13 et 50 ans, et utilisera à chaque fois une vingtaine de serviettes ou de tampons, soit plus de 10000 protections dans son existence. Si on y ajoute les frais annexes générés par les règles, à savoir les antidouleurs et les sous-vêtements à renouveler, on arrive à un total de plus de 25000 francs selon une étude britannique de 2015.

Un budget que de nombreuses femmes, à l’autre bout du globe mais aussi chez nous, ne peuvent pas se permettre. Un luxe qui contraint les femmes défavorisées aux quatre coins du monde à recourir au système D, à la débrouille, qui n’est pas sans risque pour leur hygiène et leur santé. Un business avec lequel les Etats s’engraissent, en continuant à taxer les protections hygiéniques et en refusant de les considérer comme des produits de première nécessité. Une discrimination et une injustice sociale caractéristiques d’une société conçue par les hommes et pour les hommes. Pour combien de temps? Car les femmes sont aujourd’hui déterminées à venir à bout de cette récemment nommée précarité menstruelle. En appelant aux dons de protections périodiques pour les plus démunies, en exigeant la gratuité de ces dernières dans les écoles et les lieux de formation, en militant contre la taxe tampon ou encore en se mobilisant pour leur remboursement. Un combat qui commence à porter ses fruits, notamment en France et en Ecosse, où écolières et étudiantes pourront bientôt bénéficier de protections gratuites. Un débat qui s’est aussi invité le 14 juin en Suisse, et dont il serait souhaitable que les dirigeants de ce pays se saisissent.