Opération canicule sur les chantiers

Syndicaliste d'Unia échangeant avec les travailleurs.
© Olivier Vogelsang

Les syndicalistes d'Unia Genève échangent avec les travailleurs sur les mesures de protection mises en place, ou pas, par leur employeur en cas de canicule. Ils leur ont distribué des lunettes, une gourde et un protège-cou.

Déshydratation, coups de soleil, insolation, risque d’augmentation des accidents: Unia a lancé sa campagne annuelle de prévention sur les chantiers pour s’assurer que toutes les mesures de protection des travailleurs soient mises en place en cas de fortes chaleurs. Reportage à Genève

Cet après-midi-là, 15 heures, en ville de Genève, le mercure dépasse les 30 degrés. Pendant que certains se baignent dans l’Arve, d’autres travaillent sous le soleil ardent. Dans le cadre de la campagne nationale de prévention contre les dangers liés à la canicule lancée par Unia début juillet, la section genevoise se rend quotidiennement sur les chantiers. Ce jour-là, les deux syndicalistes visitent un chantier de réfection de toiture, au septième étage d’un immeuble. «Notre mission consiste à vérifier que l’employeur a bien mis en place des dispositions spéciales pour protéger ses travailleurs», explique José Sebastiao, responsable du secteur. Pour ce faire, Unia se base sur un questionnaire élaboré par la Suva.

De l’eau… et c’est tout!

A notre arrivée, une équipe d’étancheurs est à l’œuvre, chalumeau à la main. Certains portent leurs propres casquettes, d’autres n’ont rien sur la tête. Pas de lunettes de soleil non plus, ni de crème solaire à disposition. Le syndicaliste leur distribue des lunettes, une gourde et un protège-cou, qu’ils enfilent illico. La discussion s’installe. «Notre entreprise est correcte: quand on se sent mal ou qu’on souffre trop de la chaleur, on nous a dit de nous arrêter», raconte l’un des travailleurs. «Lorsqu’il fait trop chaud, il est aussi convenu qu’on commence à 6h au lieu de 7h, pour finir à 14h. Quant aux protections comme les lunettes ou la crème, le patron ne nous en a pas distribuées, mais si on en demande, il nous en donne!» Des palettes d’eau sont fournies par l’employeur, stockées sur le toit dans un petit frigo amené, lui, par un ouvrier… Les pauses plus régulières ne sont pas prévues, et la seule salle de pause aménagée se trouve en bas du bâtiment. «Ce n’est pas à vous de réclamer des moyens de protection, c’est à votre employeur de vous les mettre à disposition automatiquement», insiste José Sebastiao. Un peu plus loin sur le chantier, on trouve des maçons, en train de coffrer en vue de couler une dalle en béton sur ce même toit. Ils coupent court à la discussion, assurant que tout est en ordre. Sous leur casque cependant, ils ont bricolé de quoi se protéger la nuque avec des bouts de chiffon...

Attention danger!

La chaleur, le soleil, l’ozone et le rayonnement ultraviolet constituent un risque majeur pour la santé des travailleurs sur les chantiers, et c’est à l’employeur de veiller à la santé de ses employés. «Le Seco a défini le niveau d’alerte de travail en extérieur selon quatre degrés, avec des mesures de protection adaptées à chaque cap», informe le syndicaliste. Par exemple, à partir du niveau 3, à savoir 35 degrés, les ouvriers doivent faire des pauses supplémentaires de 15 minutes par heure et n’effectuer que les travaux à l’ombre. A partir de 40 degrés (niveau 4), on limite le travail aux heures matinales, voire on l’interrompt, et on fait deux pauses supplémentaires de 10 minutes par heure. «Quand on arrive sur un chantier, on informe, on contrôle et ensuite on dénonce à l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT), si les mesures ne sont pas appliquées. Très souvent, on retrouve les points d’eau, mais tout le reste n’est pas fourni. Et le plus gros problème, le plus récurrent, c’est le non-respect des pauses régulières. De même, il est rare que les travailleurs soient informés des dangers de la canicule et que l’un d’entre eux soit formé pour réagir sur le chantier en cas de malaise.» Le site visité ce jour-là fera l’objet d’une dénonciation, même si l’équipe d’Unia Genève a vu bien pire. «On a trouvé un chantier où les travailleurs n’avaient qu’un tuyau d’eau pour boire au dixième étage d’un immeuble et aucun endroit pour se reposer, s’indigne José Sebastiao. D’autres où les travailleurs fixes avaient tous les équipements mis à disposition, mais pas les temporaires, comme des employés de seconde classe.»

Au bout du lac, la campagne durera jusqu’à fin août, à l’issue de laquelle Unia tirera un bilan. En attendant, le syndicat attend que l’OCIRT fasse sa part du boulot. «Nous espérons qu’il y aura un suivi des cas que nous dénoncerons et que les inspecteurs cantonaux exigeront des entreprises qu’elles prennent leurs responsabilités et qu’elles se plient à leurs obligations», conclut le secrétaire syndical.

Plus d’infos sur: unia.ch