Plus nécessaire que jamais

Mercredi dernier, le Conseil d’Etat genevois a constaté la validité de l’initiative populaire cantonale «23 francs, c’est un minimum!», tout en invitant le Grand Conseil à la rejeter. Inspirée de la loi neuchâteloise, cette initiative syndicale propose d’instaurer un salaire minimum cantonal de 23 francs de l’heure. Mais le gouvernement estime qu’il n’est pas «nécessaire de fixer dans la loi un salaire minimum». «Le dispositif actuel, basé sur un partenariat social fort et pérenne, a fait ses preuves», écrit-il dans un communiqué. «Rien n’est plus faux dès lors que près de la moitié des salariés ne sont soumis à aucun salaire minimum impératif et que même dans certaines branches économiques au bénéfice d’une convention collective de travail étendue, le rapport de force défavorable aux travailleurs a pour conséquence des salaires minimums largement insuffisants pour vivre à Genève», a rétorqué la Communauté genevoise d’action syndicale.

Voilà des gens, les conseillers d’Etat du bout du lac, qui touchent un salaire de 20405 francs par mois, mais qui estiment qu’il n’est pas «nécessaire» de fixer par voie légale un plancher de rémunération en faveur de Genevois qui gagnent, eux, moins de 4000 francs. A leur traitement, les édiles genevois peuvent ajouter la prise en charge des frais de bouche, transports, communication, etc., et beaucoup ne regardent pas trop à la dépense. Et en plus, ils perçoivent une enveloppe annuelle de 34500 francs à titre d’indemnité pour frais de représentation… qui sont justement remboursés. En quittant le pouvoir, ils ont encore le droit à une grosse rétribution ou, dès huit ans d’exercice, à une confortable rente à vie. Un salaire minimum n’est donc pas «nécessaire» pour eux… Un salaire maximum par contre… Un traitement plus proche du salaire médian aurait le mérite de les rapprocher de certaines réalités.

Que craignent donc les magistrats genevois? Comme le relève l’Union syndicale suisse, l’introduction d’un salaire minimum en août 2017 à Neuchâtel, le premier en Suisse, n’a eu «aucune conséquence négative». Mieux, alors que, du côté de la droite et du patronat, on agitait le spectre du chômage, entre août 2017 et décembre 2018, le taux de chômage dans le canton est passé de 5,3 à 4,1%. Durant cette période, Neuchâtel s’en est mieux sorti sur le plan de l’emploi que le reste de l’Espace Mittelland. Fribourg, qui n’a pas de salaire minimum, a subi une hausse de 2,8 à 3,1% du nombre de chômeurs. Plus loin, Genève a certes connu une décrue, mais moins forte que Neuchâtel, passant de 5,2 et 4,4%. Après Neuchâtel, le Jura et le Tessin ont aussi adopté leur salaire minimum. Et Bâle-Ville sera le premier canton alémanique à voter sur un salaire minimum cantonal. Un comité emmené par Unia a déposé la semaine dernière une initiative en faveur d’une rémunération minimale de 23 francs de l’heure. Petit à petit, aux quatre coins du pays, la mesure apparaît toujours plus «nécessaire». Et même indispensable.