"Tous ensemble, nous sommes plus forts"

Un secrétaire syndical épingle une affiche "30 octobre toutes et tous sur le point!"
© Olivier Vogelsang

Appel à la mobilisation à Genève. Les manifestations interprofessionnelles auront aussi lieu à Zurich, Berne (pour le secteur de la santé), Olten et Bellinzone.

Le 30 octobre, cinq manifestations interprofessionnelles mobiliseront les salariés en faveur d’une hausse des rémunérations. Le point avec Véronique Polito, vice-présidente d’Unia

Genève, Zurich, Berne, Olten et Bellinzone* seront, samedi 30 octobre, le théâtre de manifestations qui réuniront les salariés de différents secteurs professionnels. Les travailleurs et les travailleuses de la construction, de l’artisanat, de l’industrie, de la vente, de la logistique et de la santé – cette dernière catégorie se concentrera dans la capitale helvétique – descendront dans la rue pour faire valoir leurs revendications. Des demandes qui portent sur une augmentation générale des salaires et davantage de respect et de solidarité.


Comment justifiez-vous les requêtes des salariés?

La crise sanitaire – et elle n’est pas terminée – s’est traduite, en particulier dans les métiers essentiels, par une charge de travail accrue. Constamment au front, le personnel, aussi fatigué physiquement que mentalement, souhaite voir ses efforts récompensés. Il a besoin de reconnaissance. On le ressent particulièrement dans le secteur de la vente où d’importants sacrifices ont été consentis, de même que dans la logistique qui a tourné à plein régime. Dans les domaines de la construction et de l’artisanat, la pandémie n’a entraîné quasi aucun ralentissement. Les carnets de commandes sont remplis, la pression sur les délais est forte. Augmenter les rémunérations constitue une requête légitime, alors que la reprise économique bat son plein et que la croissance du PIB est évaluée cette année à plus de 3%. Les employés doivent pouvoir en bénéficier d’autant plus que l’inflation menace de faire baisser les salaires réels. En outre, les augmentations antérieures des primes maladie ont grevé les budgets. L’heure est à une juste redistribution. C’est pourquoi, avec les syndicats de l’USS nous avons revendiqué 2% de hausse ou 100 francs de plus par mois. Les salaires minimums ne devraient pas être inférieurs à 4000 francs fois 13.

Vous demandez aussi plus de respect et de solidarité. C’est-à-dire, concrètement?

Il s’agit d’améliorer les conditions d’emploi notamment en termes de planification des horaires, de renforcement des effectifs, de limitation des heures supplémentaires et de travail sur appel. Ces éléments sont particulièrement importants dans le domaine des soins marqué par une pénurie récurrente de personnel et des professionnels de la santé qui sont nombreux à quitter définitivement la branche, épuisés par de longs mois de crise et l’absence de perspectives d’amélioration à court et moyen termes. La manifestation de Berne est orchestrée par différents syndicats de la branche réunis au sein d’une large alliance.

Dans la vente, les questions de planification et de surcharge sont aussi d’actualité, sans compter les demandes incessantes d’élargissement des horaires d’ouverture des commerces que nous combattons systématiquement.

Alors que la pandémie n’est pas terminée et que plusieurs secteurs ont souffert et souffrent encore de la crise, les attentes ne sont-elles pas exagérées?

Nous avons de la compréhension pour certaines branches frappées de plein fouet par la crise sanitaire, comme l’hôtellerie-restauration qui souffre du ralentissement du tourisme international et du tourisme d’affaires. Les villes ont été particulièrement touchées. Reste que, dans cette branche aussi, on constate le même phénomène que partout ailleurs, à savoir une pénurie importante de personnel qualifié. Cette situation devrait conduire les employeurs à revaloriser les salaires au lieu de refuser le dialogue avec les syndicats.

Organiser des manifestations interprofessionnelles ne risque pas de brouiller les messages?

Non, la question du pouvoir d’achat et des salaires concerne tout le monde. Ce n’est qu’ensemble, toutes et tous unis, que nous pouvons faire entendre la voix de ceux qui s’engagent pour une économie plus juste et qui profite au plus grand nombre. Rappelons aussi que, l’an prochain, la Convention nationale du secteur de la construction arrivant à échéance devra être renouvelée – d’ores et déjà, les travailleurs concernés se mobilisent pour une hausse des rémunérations. Quant au choix de manifester de manière décentralisée dans plusieurs villes, il a été dicté par la pandémie et les incertitudes qui lui sont liées.

Plus d’infos sur: solidarite.unia.ch/manifestations

Caddie avec un billet de 100 francs.
Les syndicats demandent une hausse de 2% des salaires ou 100 francs de plus par mois. © Thierry Porchet