Triple C, double D et l’entretien d’embauche

Nouvelle cheffe des RH à la Manip (Mission d’action novatrice de l’industrie privée), Carine Cordonnier-Cavin, dite Triple C, passait pour une personne pète-sec. Et non pas pète-sèche. Invariable, pète-sec. La personne n’est pas particulièrement sèche, mais elle pète sec comme d’autres freinent sec. Et si papa Freud et son stade anal eussent été ravis qu’il s’agisse de flatulences, rien n’est moins sûr. Péter, c’est aussi exploser, détoner, fulminer, éclater, faire un bruit bref. Donc, un ou une pète-sec, c’est plutôt quelqu’un avec un comportement façon rafale de mitraillette qu’une personne sujette à des troubles intestinaux. En conséquence de quoi, cette chronique ne donnera pas dans l’humour pipi-caca. Tant pis pour les admirateurs et les admiratrices d’humoristes se prénommant Jean-Marie, par exemple.

Ce qui nous ramène, sans odeur malodorante, à Triple C. Dont la secrétaire lui avait demandé si, par hasard, en tant que directrice des RH, elle n’avait pas deux ou trois trucs à lui filer concernant l’entretien d’embauche, non pas pour elle, mais pour son neveu qui s’était méchamment fait recaler deux ou trois fois dans ce genre d’exercice. Bon, évidemment, la secrétaire de Triple C, Doris Dubé, ne l’avait point dit aussi familièrement, y mettant les formes. Outre le fait d’être pète-sec, Triple C était aussi une de ces superwomen fonceuses et suroccupées en permanence, dont le sens de la délégation des tâches frôlait régulièrement le vulgaire «démerdez-vous!». Seulement, quand on est DRH, on ne dit pas ça et on fait semblant d’accéder à la demande de sa secrétaire tout en y consacrant le moins de temps possible. Elle fit donc parvenir à Doris Dubé (oui, c’est un double D, cela vous étonne?) un lien internet suivi de la mention «2 ou 3 choses intéressantes. Séance dans 2 min.»

Le lien menait à un site web où l’on vous expliquait les 8 manières de saboter votre recherche d’emploi. Si avec ça le neveu de DéDé (mais non, pas Didier Deschamps, y a pas que le foot dans la vie!) n’était pas mieux armé pour trouver un boulot, c’était vraiment à désespérer.

Bon, il y avait des recommandations qui semblaient aller de soi, même pour le neveu de DD, du genre: «Ne pas dire non tout de suite.» A condition, bien sûr, que le recruteur ait pris le bon dossier de candidature. Sinon vous avez quand même intérêt à dire: «Non, c’est pas moi, je ne m’appelle pas Czartoryski, mais bien Chevalley.» Sans quoi vous allez vous retrouver en train d’illustrer le CV d’un autre, ce qui est toujours délicat…

Autre chose: ne pas avoir des prétentions de salaire irréalistes. Ce n’est pas parce que le patron des CFF gagne un million de francs par année – c’est quand même treize fois moins que celui de Roche! – qu’il faut en demander autant. Surtout pour un poste de perchiste dans le cinéma.

On vous le répète tous les jours, donc vous allez bientôt être proches de l’explosion: nous vivons à l’époque des réseaux sociaux. Bouleversant non? Pas vraiment. Mais il en découle un axiome (non, ce n’est pas une maladie d’un axe, c’est quelque chose qui de loin ressemble à une évidence et de près à une proposition admise a priori). Voici donc, mesdames et messieurs, le grand axiome de l’ère des réseaux sociaux (on entend un roulement de tambour, puis les premières mesures de La chevauchée des Walkyries): ne laissez rien de potentiellement compromettant sur les réseaux sociaux. Eh, non… N’essayez pas de postuler comme responsable de la sécurité dans une société financière si votre compte Facebook déborde de photos où l’on vous voit sniffer des lignes. Car vous serez alors obligé de fournir l’adresse de votre fournisseur! Et réfléchissez bien: faut-il vraiment conserver sur Instagram cette série d’instantanés retraçant les différents épisodes de votre dernière virée à Budapest, avec filles dénudées, bouteilles vides et vomissures partout? Sur le moment, c’était à hurler de rire. Sur le moment. Mais une fois sorti de la cellule de dégrisement, beaucoup moins. Or, vous en connaissez vraiment des neuneus qui en sont à ce niveau-là? Pas de la fête, non, mais du fait de laisser traîner tout ça sur Instagram? A part le neveu de double D?

D’après le site, oui. Il y en a plein qui non seulement remplissent leur CV virtuel de photos orgiaques et demandent un million cash d’entrée de jeu, tout en se concentrant sur ce qui est pudiquement appelé «des mauvais sujets»: les vacances, la couverture maladie, les horaires de travail, bref tous ces détails qui pourrissent la vie de votre futur employeur.

Donc les demandeurs et les demandeuses d’emploi semblent être tous et toutes des cloches à qui il faut répéter: «La recherche d’emploi n’est pas un travail d’amateur.» Ben non, c’est un travail de professionnel. On vous le disait bien: chômeur, c’est un vrai boulot!