"Le patrimoine d’Unia s’est accru à travers le temps"

Unia a subi les foudres médiatiques en raison de sa fortune, constituée majoritairement de biens immobiliers provenant des syndicats qui l’ont précédé. A quoi servent ces biens? La réponse de Serge Gnos, responsable de la communication

Le «trésor de guerre» d’Unia a fait parler de lui ces dernières semaines outre-Sarine. Tout est parti d’un article paru le 13 septembre dernier dans le Tages-Anzeiger, relatant que le syndicat avait contesté son imposition fiscale en 2018 auprès du Tribunal fédéral. Si la plus haute juridiction du pays a donné raison au syndicat, les comptes d’Unia ont été dévoilés dans le cadre de cette procédure et les journalistes du quotidien zurichois ont pu les consulter. Ils ont été étonnés d’y découvrir un patrimoine de près d’un demi-milliard de francs constitué de biens immobiliers et d’actifs financiers. De quoi alimenter les choux gras de la presse de boulevard. «Les camarades sont de bons capitalistes», a ainsi ironisé le Blick, en n’hésitant pas à gonfler la galette d’Unia à un milliard et à tendre la perche aux attaques des représentants de la droite patronale.

Des échos de cette fausse polémique sont arrivés jusqu’en Suisse romande, portés par des sites comme blick.ch ou watson.ch. Le syndicat a choisi de réagir en publiant, le 8 octobre, ses comptes des cinq dernières années. Ils sont consultables sur unia.ch (voir ci-dessous).

Les fonds propres du syndicat s’élèvent à 457 millions, principalement sous forme de biens immobiliers. Les revenus de cette fortune garantissent l’indépendance de l’organisation et sont intégralement utilisés pour financer les activités syndicales. Les explications de Serge Gnos, responsable de la communication d’Unia.


Comment a été constitué le patrimoine d’Unia?

Le patrimoine d’Unia s’est accru à travers le temps. Les syndicats investissent depuis plus de cent ans dans des logements à coût abordable, soit en soutenant des coopératives, soit en construisant eux-mêmes. Nos organisations antérieures faisaient déjà l’un et l’autre. Aujourd’hui, Unia continue de soutenir des coopératives tout en gérant son parc immobilier qui a augmenté historiquement. Avec la hausse des prix immobiliers, sa valeur s’est accrue au fil du temps. Cette valorisation se retrouve à présent dans notre bilan.

A quoi servent ces fonds? Sont-ils utilisés pour soutenir des luttes?

Unia est le plus grand syndicat du pays. Il est porté par ses membres issus de l’industrie, de la construction et de nombreuses professions des services. 1200 collaboratrices et collaborateurs d’Unia se soucient de leurs préoccupations et de leurs attentes. Ils les conseillent, les soutiennent et les informent sur toutes les questions qui ont un rapport avec le travail, en sept langues. Le syndicat défend ses membres en cas de conflit individuel au travail ou avec les assurances sociales. Rien que là, les spécialistes d’Unia récupèrent pour eux plus de 10 millions de francs en indemnisations chaque année. Unia les aide aussi à s’organiser collectivement et à se défendre ensemble contre les atteintes à leurs conditions de travail, que ce soit dans les entreprises individuelles, au niveau des branches et en politique. Si nécessaire aussi avec des grèves.

Et les grèves, ça coûte cher. Par exemple, pour celle qui a duré un mois chez Swissmetal à Reconvilier en 2006, Unia a déboursé plus d’un million de francs. Par la suite, le propriétaire de Swissmetal Laxey a attaqué Unia en justice pour obtenir 10 millions de dommages et intérêts, heureusement sans succès au final. Mais les poursuites judiciaires coûtant des millions sont un moyen d’intimidation apprécié des employeurs. Un syndicat financièrement faible est donc moins combatif.

Pourquoi ces biens sont-ils aussi gérés par une fondation et pas seulement par le syndicat directement?

La Fondation Unia finance en particulier des prestations d’éducation, de formation, de protection juridique et d’aides d’urgence. Elle se finance essentiellement par le rendement des actifs. Elle soutient par ailleurs la construction de logements à but non lucratif par des prêts et des participations. Sa forme organisationnelle de fondation garantit de penser et d’agir à long terme, et de faire en sorte qu’Unia dispose de fonds suffisants pour soutenir ses membres à l’avenir.

Est-ce qu’Unia gagne de l’argent avec sa caisse de chômage?

Les syndicats ont fondé les premières caisses de chômage il y a cent ans. Elles ont longtemps été les seules du genre, et elles ont évité beaucoup de détresse et de souffrance pendant les crises économiques. La Suisse n’a instauré une assurance chômage légale qu’en 1977. Le paysage actuel des caisses de chômage est emblématique de cet historique. La caisse Unia demeure la plus grande de Suisse et fait toujours partie des caisses les plus efficaces. Pendant la pandémie, ses collaboratrices et ses collaborateurs ont réalisé des prouesses en continuant d’assurer le versement des indemnités de chômage, à l’heure où les autres caisses atteignaient leurs limites. Nous sommes rémunérés pour ces efforts, comme toutes les autres caisses de chômage, qu’elles soient privées ou publiques. La gestion de la caisse de chômage n’est pas un «business» pour Unia, c’est un service pour les membres et les non-membres.

Si Unia dispose d’autant de moyens, est-ce que les cotisations des membres ne sont pas trop élevées?

Les cotisations sont échelonnées en fonction du salaire. La cotisation mensuelle moyenne des plus de 180000 membres est de 30 francs. Les membres d’Unia qui travaillent dans le cadre d’une CCT paient également une contribution à sa mise en œuvre. Comme ils paieraient ainsi deux fois pour l’application de la CCT, une partie de cette somme leur est remboursée par la commission professionnelle paritaire concernée. Le paiement se fait via Unia.

Les membres d’Unia bénéficient d’une protection juridique gratuite en cas de problème au travail. En cas d’arrêt collectif de travail, ils reçoivent des indemnités de grève. Ils peuvent suivre gratuitement des formations continues à l’institut de formation Movendo, ils reçoivent un journal dans la langue de leur région comme L’Evénement syndical, et ils bénéficient de nombreux rabais (par exemple, des offres de vacances et des chèques Reka). Tous ces avantages sont cofinancés déjà actuellement par le rendement des actifs.