Pauvreté aggravée et durable

Scène de misère dans un pays d'Afrique.
© Sonya Mermoud/photo d'illustration

Selon Oxfam, des centaines de millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté pendant au moins dix ans.

La pandémie de coronavirus a encore creusé les inégalités, selon le dernier rapport d’Oxfam, avec des milliardaires qui ont retrouvé, voire renforcé, leur fortune

Fin de la récession pour les nantis. La pandémie de coronavirus n’a pas eu d’influence sur la fortune des 1000 personnes les plus aisées du monde. Non seulement, elles ont retrouvé leur niveau en seulement neuf mois, mais certaines l’ont même augmenté. Voilà ce qui ressort du dernier rapport de l’ONG Oxfam publié à l’ouverture, la semaine passée, du Forum virtuel de Davos, Covid oblige. Un rendez-vous annuel réunissant les principaux dirigeants de la planète auscultant l’état du monde. Plus précisément, à l’échelle mondiale, les milliardaires ont vu leur richesse croître de 3900 milliards de dollars entre le 18 mars et le 31 décembre dernier. Se basant sur les données de Forbes, l’organisation révèle encore que la fortune totale des dix hommes les plus riches de la planète – Jeff Bezos, Elon Musk, Bernard Arnault et sa famille, Bill Gates, Mark Zuckerberg, Larry Ellison, Warren Buffett, Zhong Shanshan, Larry Page et Mukesh Ambani – a été gonflée de 540 milliards de dollars depuis mars 2020. Une somme qui, précise l’ONG, permettrait de financer le vaccin contre le Covid-19 pour tous et d’éviter que la crise sanitaire entraîne quiconque dans la misère. Parallèlement, toujours selon cette même source, des centaines de millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté pendant au moins dix ans.

Les femmes durement frappées

«Cette crise arrive dans un monde déjà profondément inégal où une minorité de personnes, en majorité de très riches hommes blancs, accaparent l’essentiel des richesses mondiales. Le rapport d’Oxfam nous montre comment notre modèle économique permet à une élite d’amasser des richesses considérables pendant la récession la plus dramatique que nous ayons connue depuis la Grande Dépression, alors que des milliards de personnes, et notamment celles en première ligne de cette crise, peinent à payer leurs factures et à se nourrir. Nous risquons de faire face à une augmentation sans précédent des inégalités», a déclaré Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France. En tête de liste des personnes les plus touchées figurent les femmes, largement majoritaires dans les professions précaires et peu rémunérées, en particulier dans les domaines de la santé et du social. «Si le taux de représentation des femmes était le même que celui des hommes dans ces secteurs, 112 millions de femmes ne risqueraient plus de perdre leurs revenus ou leur emploi.»

Imposer correctement les riches

L’ONG pointe aussi les fortes inégalités raciales face à la pandémie avec, au Brésil, un risque accru de 40% pour les personnes afrodescendantes de succomber du Covid-19. Aux Etats-Unis, les populations noires et hispaniques connaissent, elles aussi, des taux de mortalité supérieurs aux personnes blanches. S’ils avaient été les mêmes, on comptabiliserait 22000 décès de moins. Le nombre d’infections et la mortalité sont plus élevés dans certaines zones plus modestes en France, en Inde et en Espagne, souligne encore Oxfam dans son étude. En Angleterre, les régions les plus pauvres enregistrent deux fois plus de morts que les régions les plus riches.

Dans ce contexte, l’ONG estime que la lutte contre les inégalités doit se situer au cœur des plans de relance des économies post-Covid et défend l’idée d’une hausse de la fiscalité des personnes et des entreprises les plus riches: augmentation de l’impôt sur la fortune, taxes sur les transactions financières et mesures d’éradication de l’évasion fiscale. «Les gouvernements du monde entier ne doivent pas laisser passer cette opportunité de mettre en place un système économique plus juste et durable... Certains pays montrent qu’il existe des solutions, comme l’Argentine qui a adopté un impôt exceptionnel sur les grandes fortunes pour financer les politiques de réponse à la crise.»