Arrogance sans limite

La droite a la défaite amère. Et l’arrogance sans limite… Elle s’en est prise la semaine dernière au coprésident du Parti socialiste suisse Cédric Wermuth, l’accusant de tous les maux. Ce qui a valu au politicien une salve de critiques, ce sont ses déclarations sur l’avenir des cadeaux fiscaux après la victoire sans appel, par 62,7% des votants, du Non à la suppression du droit de timbre d’émission le 13 février. Interrogé sur la réforme fiscale de l’OCDE, à laquelle 137 pays ont souscrit en octobre et qui prévoit un taux d’imposition minimum des multinationales de 15%, il a déclaré dans la presse que «si une entreprise trouve que payer 15% d’impôts, c’est hors de question, alors elle peut quitter le pays». Cris d’orfraie de la droite…

A l’unisson, les bourgeois ont dénoncé ces propos, révélant de plus une interprétation des obligations internationales à géométrie variable: pourquoi imposer ce taux alors que certains pays ont déjà annoncé qu’ils ne le respecteraient pas? Des multinationales qui s’en vont ce sont des emplois et des rentrées fiscales qui disparaissent... Ce que les élus bourgeois omettent de dire, c’est que les multinationales concernées, bénéficiant d’une imposition des plus clémentes dans notre pays, font leur fortune dans des régions où l’exploitation humaine et celle des ressources naturelles n’ont pas de freins. En jouant la concurrence fiscale, le nivellement par le bas de l’imposition, en accueillant ces entreprises sans foi ni loi, la Suisse contribue au pillage de la force de travail d’êtres humains et de la nature, ainsi qu’à l’accroissement des inégalités.

Mais qu’à cela ne tienne. Notre pays a déjà réfléchi au moyen d’appliquer le taux minimum de 15% de l’OCDE – ce qui signifierait un relèvement important de certains taux cantonaux – sans que cela n’ait d’incidence pour les multinationales. Notre ministre des finances Ueli Maurer le dit sans fard dans les colonnes du journal Lausanne Cités la semaine dernière: «Nous cherchons actuellement, de concert avec les cantons, les villes et les communes, des solutions pour appliquer cette règle sans compromettre l’attrait de notre place économique.» Et d’évoquer l’une des mesures possibles: «Supprimer les impôts superflus», par exemple «l’impôt anticipé sur les obligations». Une suppression synonyme de millions en moins dans les caisses publiques et une invitation à la fraude fiscale contre laquelle la gauche a saisi le référendum, toujours en cours de signatures.

De leur côté, les élus bourgeois brandissent la menace de l’emploi pour continuer à alléger la charge fiscale des grandes entreprises. Or qui détruit les emplois aujourd’hui si ce n’est justement ces sociétés qui délocalisent leur production ou l’intensifient en supprimant des places de travail? A l’instar d’Alstom-Bombardier dont la santé économique est au beau fixe et qui compte liquider 150 postes à Villeneuve. Sans dévoiler bien sûr le salaire de son PDG qui se porterait, selon le syndicat français Force ouvrière, à 1,75 million d’euros, composé d’un fixe de 850000 euros et d’une prime exceptionnelle du même montant en actions après l’acquisition de Bombardier en janvier 2021… Autre exemple, cette fois dans le domaine financier: le groupe bancaire HSBC a annoncé la suppression de places de travail dans l’informatique à Genève et la délocalisation d’une centaine de postes à l’extérieur du pays.

La levée de boucliers de la droite n’a qu’un seul objectif: celui d’accroître les profits d’une petite minorité. Comme ceux de ces milliardaires suisses qui ont accru leur fortune de presque 30% durant la pandémie. Face à cette attitude méprisante, seul un renforcement de nos syndicats et de leur capacité de lutte permettra de défendre nos emplois, nos services publics et de redonner aux personnes qui créent les richesses, ici et ailleurs, la part qui leur revient.