«Novartis veut dicter, pas négocier»

Unia et Syna dénoncent la procédure de consultation alibi menée par le groupe pharma à la suite de l’annonce de la suppression de 8000 emplois dont 1400 en Suisse

Juste avant les vacances d’été, Novartis annonçait son intention de supprimer quelque 8000 emplois, principalement en Europe. En Suisse, 1400 salariées et salariés sont concernés, soit environ 12% de l’effectif. Dans notre pays, les suppressions de postes sont prévues essentiellement sur le site de Bâle où travaillent des cols blancs. Les sites de production ne devraient pas être touchés, bien que, pour Yves Defferrard, responsable du secteur industrie à Unia, une telle restructuration «est trop grande pour ne pas concerner la production». Mais pour l’heure, Unia se concentre sur l’avenir du personnel du site bâlois. Fin juin, le syndicat avait demandé à Novartis qu’une vraie consultation, avec suffisamment de temps, soit mise en place afin que les employés puissent s’organiser et élaborer leurs propositions avec leurs représentants. Unia demandait aussi à être reçu par la direction.

Finalement, la procédure officielle de consultation a démarré en septembre, sans les syndicats, et se déroulera jusqu’à mi-octobre en Suisse, et mi-novembre dans les pays européens. «Nous avons rencontré la direction il y a une quinzaine de jours avec Syna et d’autres associations professionnelles. Il apparaît clairement qu’elle ne veut pas discuter avec les syndicats», souligne le syndicaliste, qui dénonce une procédure de consultation alibi: «La manière de faire de Novartis, qui veut augmenter ses marges et réaliser des profits au détriment de son personnel alors que sa rentabilité est exceptionnelle, est inacceptable. Au lieu de réunir tous les partenaires autour d’une table et de rechercher des alternatives, Novartis cherche à imposer son projet. Le groupe n’est manifestement pas intéressé à trouver la meilleure solution pour ses employés.»

Unia et Syna ont informé la semaine passée que la multinationale n’entendait pas revenir sur sa décision de fusionner l’oncologie et la pharmacie, source de cette restructuration. Pour les syndicats, il est essentiel que les salariés puissent effectuer une véritable consultation, dans des groupes de travail, pour éviter des licenciements. «Le personnel a les connaissances et la créativité pour trouver de bonnes alternatives à la destruction insensée de 1400 emplois», indique Yves Defferrard, qui rappelle qu’une telle stratégie est payante, comme l’a montré la lutte des salariés de Novartis à Nyon, en 2011, qui avait permis de sauver l’entreprise menacée de fermeture totale.

Avenir incertain en Suisse

La secrétaire centrale de Syna, Corina Thomann, abonde dans ce sens et s’inquiète pour l’avenir de Novartis en Suisse: «En raison des licenciements collectifs récurrents de ces dix dernières années, le site suisse continue de perdre de son importance pour le groupe Novartis. A chaque licenciement collectif, l'économie perd de bons spécialistes et un important savoir-faire. Cela ne peut pas continuer ainsi! Avec le licenciement collectif actuel, on peut se demander si Novartis ne va pas quitter la Suisse à moyen terme.»

Unia et Syna rappellent que Novartis a triplé son bénéfice net en 2021, le portant à 24 milliards de francs. Une hausse due en partie à l’achat d’actions de Roche. Mais même sans ces acquisitions, le groupe réalise des bénéfices en milliards. Cependant, avec la fusion et les suppressions de postes programmées, Novartis a annoncé «vouloir économiser environ 1,5 milliard de francs sur le dos de ses salariés», déplorent les syndicats. En contact avec les syndicats européens, Unia va continuer à informer les employés bâlois, par une présence et des tractages sur les lieux. Car sans syndicats, le personnel ne peut se défendre à l’interne, les pressions étant trop fortes. Or, la direction ne veut parler qu’avec la représentation du personnel de l’entreprise. Responsable de la branche chimie et pharmacie d’Unia, Johannes Supe résume: «Comme beaucoup d’autres groupes, Novartis essaie de tenir les syndicats à l’écart. L’entreprise n’a aucun intérêt à une représentation vraiment forte des salariés. Novartis veut dicter, pas négocier.»