Congrès tourné vers l’avenir

Congrès d'Unia à Genève.
© Thierry Porchet

C'est sous la devise "C'est le moment!" que le 4e Congrès ordinaire d’Unia s’est ouvert le week-end dernier de manière semi-virtuelle. Réunis dans leur région ou par groupe d’intérêts, les participants ont placé au cœur du débat la lutte pour la justice sociale et le renforcement de la construction syndicale. Dix-sept ans après sa fondation, le syndicat s’est doté d’une direction à majorité féminine, une première!

Congrès pour le moins singulier pour Unia, qui a bravé les restrictions de la pandémie en délocalisant aux quatre coins de la Suisse les lieux de réunion de ses déléguées et délégués. Les quelque 350 participants se sont rassemblés par régions et groupes d’intérêt les vendredi 4 et samedi 5 juin derniers, pour ces deux premiers jours du 4e Congrès ordinaire du syndicat. Une troisième journée, chargée de débattre des textes d’orientation portant sur les droits des salariés, l’égalité, la reconversion écosociale et une sortie de crise solidaire, se déroulera en fin d’année ou au début de 2022. Cette première partie de Congrès a adopté la Stratégie d’organisation 2024 d’Unia et lancé le projet de réforme Unia 2.0. Les délégués ont également renouvelé le comité central et élu le comité directeur avec, première historique, une majorité de femmes à la tête du syndicat. Vania Alleva a aussi été réélue à la présidence (voir en page 3). Les militants d’Unia se sont encore prononcés sur quatre résolutions sur lesquelles nous reviendrons. A souligner, au vu des discussions qui débutent ce 9 juin au Conseil national, l’adoption d’une résolution contre AVS 21, une réforme des retraites au détriment des femmes. Les délégués ont affirmé leur rejet de toute hausse de l’âge de la retraite, des femmes comme des hommes, et s’y opposeront vigoureusement. Ils exigent au contraire une amélioration des rentes AVS, du respect et des rentes dignes pour tous. Dans une autre résolution, le Congrès s’est prononcé contre la possibilité de retirer une autorisation de séjour à une personne migrante devant recourir à l’aide sociale. Il a également adopté un texte visant à combattre la «pandémie des écarts sociaux» et un autre appelant la Suisse à contribuer à une Europe sociale. Coup d’œil sur ces deux premiers jours de Congrès.


Pour la première fois, une majorité féminine à la tête d'Unia


Unia vise à se développer dans les métiers des services


Paroles de délégués vaudois


Unia 2.0: la réflexion sur les structures d'Unia est ouverte


Invité, Guy Parmelin s’exprime sur la crise

Durant la journée de vendredi, le groupe d’intérêt (GI) jeunesse a déposé une motion d’ordre demandant l’annulation de l’invitation faite à Guy Parmelin à venir s’exprimer devant le Congrès le lendemain. Les jeunes critiquant le principe d’inviter un adversaire politique et de classe. «Le moment est venu de mettre un terme à ces petits jeux», a déclaré Naomi Brot pour le GI jeunesse. «Notre organisation ne doit pas éviter la confrontation ni le dialogue. Nous avons invité Monsieur Parmelin parce qu’il est président de la Confédération et ministre de l’Economie», s’est expliquée Vania Alleva, la présidente d’Unia. Inviter le président est un peu une tradition du syndicat. Au dernier congrès, à Genève en 2016, c’est Didier Burkhalter qui y avait répondu, tandis qu’en 2012 à Zurich, c’est Alain Berset qui s’était déplacé, essuyant au passage les sifflets des délégués opposés à l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Au vote, la proposition des jeunes a été rejetée par 197 voix contre 62.

Le samedi, dans son intervention, Guy Parmelin a égrené toutes les mesures économiques et sociales prises depuis le début de la crise, tirant un bilan globalement positif de l’action du Conseil fédéral. Son discours, qu’il aurait pu adresser au Parlement ou à une assemblée de patrons, ne contenait aucun mot bienveillant à l’égard des syndicalistes. Le Vaudois s’est contenté à la fin de «remercier l’engagement d’Unia par le biais de sa caisse de chômage». Rebondissant sur ce dernier point, Vania Alleva a appelé le ministre à faire cesser les attaques «perfides» et «sans fondement» lancées par des représentants bourgeois à Berne contre la plus grande caisse de chômage du pays. La présidente d’Unia s’est montrée critique, mais a reconnu que le gouvernement «n’a pas tout mal fait», en particulier en ce qui concerne le chômage partiel, «même si les syndicats ont souvent dû faire pression». Elle a aussi tiré, à la place du président de la Confédération, les enseignements de cette crise: «Le libre marché ne règle pas tous les problèmes, la solidarité est essentielle et elle fonctionne», a-t-elle lancé avant de lui offrir une grande oreille en chocolat, manière de lui faire comprendre qu’il doit écouter le monde du travail. JB