Des retraites décentes sont possibles

Des drapeaux syndicaux flottent autour du bâtiment de la Banque nationale suisse.
© Thierry Porchet/archives

Au regard de l’accumulation des bénéfices de la BNS, les syndicats estiment qu’une redistribution s’impose.

Vendredi, les délégués de l’Union syndicale suisse ont décidé de lancer l’initiative «Renforcer l’AVS avec les bénéfices de la Banque nationale». La récolte de signatures démarre au printemps

Cette fois, c’est officiel. Réunis en assemblée extraordinaire le 11 février, les délégués de l’USS ont voté en faveur du lancement de l’initiative populaire «Renforcer l’AVS avec les bénéfices de la Banque nationale». Son objectif? Inscrire dans la Constitution la redistribution d’une partie des bénéfices exceptionnels de la Banque nationale suisse pour alimenter l’AVS, et ainsi renforcer le premier pilier de notre prévoyance vieillesse. Une mesure qui pourrait rapporter, selon les estimations, entre 2 et 4 milliards de francs par an à l’AVS et qui vient compléter et financer l’autre initiative de l’USS, celle de la 13e rente AVS. Toutes deux vont dans le même sens, à savoir augmenter les rentes des retraités qui sont clairement à la traîne de la hausse du coût de la vie, entre autres à cause de l’érosion du 2e pilier. Une mesure qui se veut par ailleurs une alternative aux attaques actuelles de la droite et des milieux patronaux, qui veulent augmenter l’âge de la retraite des femmes, mais aussi des hommes, et réduire les prestations, notamment du 2e pilier. «C’est la plus grande offensive jamais lancée contre l’AVS depuis sa création», a souligné Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, lors de cette assemblée.

Des milliards à disposition

Il y a assez d’argent en Suisse pour des hausses de rentes, assène l’USS. L’idée de piocher dans les bénéfices de la BNS avait déjà été discutée il y a une dizaine d’années, et si l’USS la relance aujourd’hui, c’est parce que la situation a évolué. «Le bilan de la BNS à cette époque se situait autour de 150 milliards de francs, explique Pierre-Yves Maillard. Aujourd’hui, il est de 1000 milliards de francs, sous forme d’actions, d’obligations et d’or. Il y a un fossé entre le potentiel de gains et ce qui est vraiment redistribué. C’est pourquoi il y a un fonds de 100 milliards de francs, de l’argent public accumulé qui n’appartient plus à la BNS et qui n’a pas été distribué aux collectivités publiques. Avec une telle accumulation de bénéfices exceptionnels, une redistribution s’impose. Cet argent appartient à la population. Le verser à l’AVS profiterait à tout le monde.»

Ce ne serait pas une première. En effet, la faîtière syndicale rappelle qu’en 2007, lorsque la BNS a fait de gros bénéfices liés à la vente des réserves en or excédentaires, 7 milliards de francs avaient alors été versés à l’AVS.

Que sous conditions

L’USS se veut rassurante. Son texte d’initiative continue de garantir l’indépendance de la BNS en matière de politique monétaire et ne demande aucune révision fondamentale de la réglementation des distributions, notamment aux cantons et à la Confédération, ni ne restreint la BNS dans ses placements. «L’initiative demande uniquement que la répartition des distributions soit adaptée. La distribution des bénéfices à l’AVS n’aura lieu que si les réserves de la BNS sont particulièrement élevées.»

La récolte de signatures sera lancée dès ce printemps, et la population devrait pouvoir voter rapidement sur cet objet.

La transition repoussée à plus tard

Manuela Cattani, cosecrétaire régionale du Sit à Genève, a pris la parole lors de l’assemblée des délégués au nom des sections genevoises du Syndicat des services publics (SSP) et du syndicat Syna. Pour ces syndicats, cette initiative est trop réductrice. «Il faut un projet plus ambitieux, plus large.»

Ces derniers ont appelé les délégués de l’USS à refuser l’initiative sur la BNS et à prendre le temps de réfléchir à une initiative plus globale qui permettrait de financer l’AVS mais aussi de soutenir une transition écologique et sociale. «L’urgence climatique et ses conséquences sur les travailleurs sont clairement une urgence syndicale et ne doivent pas être seulement l’affaire des partis.» La syndicaliste fait référence au projet d’initiative du Parti socialiste suisse et des Verts qui prévoit la création d’un fonds pour le climat, qui correspondrait à 0,5% à 1% du PIB.

Les Genevois n’auront pas obtenu gain de cause. Les délégués, bien que conscients de la problématique, ont préféré rester concentrés sur leur objectif, à savoir: défendre mordicus l’AVS et son financement futur. Le Sit a demandé que la question soit mise à l’ordre du jour de la prochaine assemblée, car «nous n’avons plus le temps d’attendre»...