«J’ai la chance de travailler dans toute la Suisse romande»

«Le syndicat est une bonne aide pour les gens qui viennent de l’étranger et ne savent pas comment les choses fonctionnent en Suisse.»
Pause-café avec Nuno Oliveira
C'est dans les hauts de Lausanne que nous le rencontrons. A deux pas de l’autoroute, à mi-chemin entre le Jura, où il effectue actuellement une mission de trois mois, et le Valais, où il vit, du côté de Saxon. Après avoir travaillé toute la semaine sur un chantier à Saignelégier, Nuno Oliveira rentre chez lui pour le week-end. Dans ce canton où il a débarqué il y a 21 ans et qu’il n’a plus quitté depuis. «Après toutes ces années ici, je peux dire que je suis plus Valaisan que Portugais», remarque le quadragénaire, qui s’est découvert une passion pour la montagne. «C’est une des choses qui me retiennent en Valais», confie-t-il. En plus de sa fille de bientôt 18 ans, évidemment.
Bien que solidement ancré en Valais, il travaille très souvent hors du canton. Son métier, aide-foreur pour les travaux spéciaux dans une grande entreprise de construction, l’amène à faire beaucoup de déplacements, passant de chantier en chantier. «Nous intervenons au tout début des travaux, pour construire les fondations des bâtiments, explique Nuno Oliveira. Du coup, j’ai la chance de travailler dans toute la Suisse romande. Je connais du monde partout.»
Un métier usant
Cependant, il avoue que ce métier est usant à la longue: «On a des conditions de travail extrêmes. Il faut se réveiller à 4h ou 5h du matin pour aller travailler dans la boue, la poussière, le bruit. Parfois, en une journée, je parcours dix ou quinze kilomètres à pied sur un chantier. Un jour, j’espère changer de travail, pour arriver à la retraite en bonne santé et pouvoir en profiter. J’ai des copains retraités qui ont eu beaucoup de problèmes, des cancers.»
En plus, le travail, Nuno Oliveira s’y est frotté très tôt. «Je ne suis pas né dans un berceau en or, mais je n’ai manqué de rien. Seulement, j’avais envie d’avoir mon propre argent, alors dès l’âge de 11 ou 12 ans, j’ai commencé à travailler après l’école, dans la boulangerie de mon village. Le week-end, pendant que mes amis s’amusaient ou faisaient la fête, moi je travaillais.» A 18 ans, il s’engage dans l’armée portugaise, en tant que volontaire, chez les parachutistes. Il y passera un an avant de la quitter.
«Des amis m’ont dit qu’il y avait du travail en Suisse. Et comme j’aimais bien ce pays, que j’avais déjà visité, j’ai décidé de partir.» C’est ainsi qu’il arrive un beau jour en Valais, au terme d’un long voyage en car. «Je ne parlais pas un mot de français, mais j’avais mon contrat de travail en poche.»
Son premier emploi est celui de peintre en bâtiment. Toutefois, au bout de trois ans, son contrat de travail n’est pas renouvelé. «Mon beau-père m’a alors dit de ne pas m’inquiéter, que j’allais retrouver du travail. Et la semaine suivante, je commençais comme aide-foreur. C’était difficile, j’ai dû apprendre sur le tas.»
Unia jusque sur le maillot
Peu de temps après son arrivée en Suisse, des collègues lui conseillent de devenir membre d’Unia. Pourtant, au début, il n’y est pas très actif. «Ce sont Blaise Carron et Serge Aymon, d’Unia Valais, qui m’ont convaincu de m’engager davantage.» C’est ainsi qu’il se met à participer aux manifestations, et qu’il intègre même le groupe d’intérêts Migration. «Le syndicat est une bonne aide pour les gens qui viennent de l’étranger et ne savent pas comment les choses fonctionnent en Suisse. Chaque fois que j’ai des soucis, je demande conseil chez Unia. Au Portugal, c’est différent. Les syndicats font beaucoup de politique, mais ils n’agissent pas vraiment.»
Unia accompagne même Nuno Oliveira pendant ses loisirs. Le syndicat sponsorise en effet son équipe de cyclistes amateurs et le logo d’Unia apparaît en bonne place sur leurs maillots. Grimper les montagnes à la force des mollets ou dévaler leurs pentes enneigées sur son snowboard, avant de déguster une bonne fondue, rien ne plaît plus à cet adepte des activités au grand air. «Les jeunes aujourd’hui, ils ne sortent plus, ils restent à la maison devant leurs écrans», déplore-t-il. Mais s’il s’épanouit dans son Valais d’adoption, il ne cache pas une certaine nostalgie de son pays natal. «Ce qui me manque, parfois, c’est la mer. J’ai vécu à Aveiro, la Venise portugaise. J’habitais à cinq minutes de la plage. La mer, on la regarde, on l’écoute, on peut même lui parler. C’est une thérapie.»