«La Loi sur le CO2 est une première étape»

Projection de Greenpeace sur un réservoir d'Avia: "8 milliards que nous pouvons investir dans notre avenir. #LoiC02oui.
© Greenpeace/Oscar Tomas

Greenpeace est aussi favorable à la Loi sur le CO2. Dans la nuit du 26 au 27 mai, des militants ont dénoncé, à Muttenz près de Bâle, les milieux pétroliers helvétiques qui dépensent chaque année 8 milliards de francs à l’étranger pour l’achat de pétrole et de gaz, et qui mènent campagne contre la nouvelle loi.

Soumise en votation le 13 juin, la nouvelle loi permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de créer des emplois verts, tout en évitant de peser sur les ménages à revenu modeste

Les syndicats recommandent de voter «oui» le 13 juin à la Loi sur le CO2. Responsable du département politique d’Unia, Martine Docourt en explique les raisons. Interview.


Pourquoi les syndicats et Unia appellent-ils à voter oui à la Loi sur le CO2?

Nous avons toujours défendu une politique qui va dans le sens de la protection de l’environnement. Nous sommes conscients que le changement climatique a un impact sur notre environnement et nos conditions de travail. Il est évident que des mesures doivent être prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et nous devons agir rapidement. La nouvelle loi est issue d’une longue discussion parlementaire qui a débouché sur un compromis. Les objectifs de réduction sont encore insuffisants par rapport aux enjeux, mais ils sont bien réels et ils constituent une première étape pour faire face à la situation climatique que nous vivons. La loi permettra, en outre, de créer des places de travail dans la rénovation des bâtiments et le domaine des énergies renouvelables, ce qui n’est pas négligeable.

J’ai une voiture, une chaudière à mazout, je compte prendre l’avion pour partir en vacances cet été et je ne suis pas très motivé à payer des taxes supplémentaires... Est-ce que j’ai vraiment intérêt à ce que la loi passe?

La taxe sur le CO2 existe déjà et toute personne qui a une chaudière à mazout ou à gaz la paie. Cette taxe pourrait augmenter, et il va s’ajouter une taxe sur les billets d’avion. Il est toutefois prévu qu’une grande partie du produit des taxes soit reversée directement à la population par le biais de l’assurance maladie. Ce retour est important pour nous. Il permet d’équilibrer la taxe que nous payons pour la consommation de combustible et évite une charge supplémentaire pour les ménages à bas et à moyens revenus. Cette loi est soutenable, car il y a ce mouvement de redistribution à la population tout en gardant un aspect incitatif et en permettant de développer des projets dans le domaine des énergies renouvelables et des économies d’énergie.

Ce n’est pas une taxe antisociale?

Les études montrent que la loi punit principalement les pollueurs riches. Avec le mécanisme de retour à la population, cela la rend acceptable pour les moyens et les bas revenus. N'oublions pas que la Suisse gaspille 8 milliards par an en importations de pétrole et de gaz. A l'avenir, ces fonds pourront être utilisés pour des investissements en Suisse.

La loi est aussi combattue parce qu’aux yeux des opposants, elle affiche des objectifs insuffisants, que peut-on répondre à cette critique?

Nous sommes d’accord sur le fait que cette loi n’est pas suffisante pour atteindre les objectifs climatiques, mais, comme je l’ai dit, c’est une première étape dans le sens de la réduction des émissions. Nous devons aussi agir dans d’autres domaines, je pense à la place financière, à la politique agricole, la politique des transports, l’aménagement du territoire ou la formation. Ce n’est pas par la Loi sur le CO2 que l’on va ancrer ces éléments. Si nous voulons tendre vers une reconversion éco-sociale, il faudra, par exemple, travailler à un droit à la formation et à la reconversion. En tant que syndicat, nous devons également intervenir par le biais des conventions collectives pour protéger les conditions de travail des personnes déjà affectées par le réchauffement climatique, comme les travailleurs de la construction subissant les canicules. Si le projet de loi sur le CO2 est rejeté, nous retournerons des années en arrière. Si, en revanche, il est adopté, nous pourrons enfin avancer sur ces autres questions.