Le patronat surfe sur le Covid…

En pleine émergence de la cinquième vague de la pandémie, les trois plus grandes associations patronales helvétiques – Economiesuisse, Union patronale suisse et Usam – ont appelé, unies, à «une cure de revitalisation» pour le pays. Leur Agenda de politique économique, présenté fin novembre, se projette dans la période post-Covid pour, disent-elles, permettre à la Suisse «de se remettre en forme» afin d’«affronter les transformations fulgurantes d’une économie mondiale hautement technicisée». Leur but a été précisé par Christoph Mäder, président d’Economiesuisse: «garantir et accroître la compétitivité de l’économie.» Leurs solutions? Elles portent sur plusieurs volets, avec notamment la limitation de la prévoyance vieillesse, la flexibilisation du travail, la déréglementation et la fiscalité. De vieilles recettes de l’économie libérale qui ont prouvé leur efficacité en matière d’enrichissement d’une caste de nantis et, à contrario, leur échec en matière sociale. Avec par exemple la hausse du nombre de pauvres, du chômage des travailleurs âgés et des fins de droits. Ou encore la pénurie d’infirmières, de personnel soignant et de lits dans les hôpitaux, résultat de mesures d’austérité incessantes, qui empêche aujourd’hui de faire face à la nouvelle vague épidémique.

Si les patrons parlent de l’après-Covid, ils plantent néanmoins immédiatement leurs premiers jalons. En exigeant l’«assainissement» rapide de l’AVS et du 2e pilier, tout en rejetant des dispositions compensatoires, si ce n’est de minimes aménagements en ce qui concerne la révision de la LPP. Rappelons que cette dernière prévoit une baisse du taux de conversion, synonyme d’une diminution de près de 12% des rentes… Alors qu’AVS 21 fait l’objet cette semaine de son dernier examen parlementaire en vue de l’élimination des divergences, les associations patronales contestent les suppléments financiers prévus pour adoucir quelque peu le départ à la retraite des femmes à 65 ans. Des compensations qui ne sont pourtant que de la poudre aux yeux.

Pour l’avenir, le patronat donne le ton: il estime que les quelques acquis arrachés ces dernières années, comme les salaires minimums dans certains cantons, le congé paternité, celui pour la prise en charge d’enfants malades ou encore les prestations transitoires pour les chômeurs âgés, sont excessifs. Les employeurs annoncent qu’ils partiront en guerre contre toute nouvelle extension de l’Etat social. Que ce soit la 13e rente AVS, le congé parental ou encore l’idée d’une assurance obligatoire d’indemnités journalières en cas de maladie. Ils comptent aussi s’attaquer à toutes les réglementations qui empêchent une exploitation totale de la force de travail. S’appuyant sur le développement du télétravail, le président de l’Union patronale suisse, Valentin Vogt, est explicite: «Pandémie oblige, l’exercice d’une activité professionnelle sans contrainte de temps ou de lieu s’est fortement développé et il est dans l’intervalle largement accepté.» Il revendique dès lors l’extension de la «liberté d’organisation du travail» et une plus grande souplesse en matière de saisie des heures. Le tout pour, dit-il, mieux concilier le travail et la famille… Encore de la poudre aux yeux. Supprimer les limitations actuelles signifierait en effet un accroissement incontrôlable de la flexibilité, de la précarité et de l’épuisement professionnel.

En Suisse comme sur toute la planète, la pauvreté et les inégalités sociales explosent. Elles sont amplifiées par le désastre provoqué par la crise sanitaire. Le prétendu «modèle à succès» libéral dévoile ses côtés les plus sombres. Et les recettes miracles de la droite patronale n’auront pour conséquence que d’accroître encore plus les effets délétères de ce système économique. A nous de lui faire barrage. En commençant par nous battre pour que la réforme AVS 21 ne voie pas le jour!