L’optimisation fiscale, c’est le vol

D’après une enquête du site d’investigation français «Disclose», General Electric (GE) aurait, en cinq ans, fait fuiter 800 millions d’euros de bénéfices vers la Suisse et le Delaware. Objectif: dissimuler au fisc français les bénéfices liés à la vente de turbines à gaz produites sur le site de Belfort. La grande évasion fiscale débute en 2015 après la reprise de la branche énergie d’Alstom. Les responsabilités commerciales de la nouvelle filiale française de la multinationale de l’énergie sont transférées à l’antenne suisse sise à Baden. Les bénéfices et les redevances de brevets peuvent alors s’évader vers notre pays où la fiscalité est plus légère. Une autre filière d’évasion conduit directement dans l’Etat du Delaware, un paradis fiscal étasunien. Le manque à gagner pour le fisc serait de l’ordre de 150 à 300 millions. Le pire est que ce schéma fiscal aurait été validé par le Ministère des finances. Alors que, depuis la reprise d’Alstom, GE a supprimé 5000 emplois, dont 1400 à Belfort. Le groupe s’était pourtant engagé à créer un millier de postes et avait empoché 70 millions de subventions à cette fin…

Le manque de rentabilité de Belfort serait donc artificiellement entretenu «pour diminuer les budgets d’investissement consacrés à l’outil industriel, modérer la politique salariale, justifier les plans sociaux et les délocalisations», dénonce l’intersyndicale du site. Conseillée par l’ancienne magistrate Eva Joly, l’intersyndicale a déposé plainte pour «blanchiment de fraude fiscale, abus de confiance, faux et usage de faux et recel aggravé en bande organisée». Le but de tout cela serait, on le comprend, de favoriser les dividendes des actionnaires et les bonus des dirigeants. Le président-directeur général de GE Renewable Energy n’est autre que Jérôme Pécresse, l’époux de Valérie, candidate malheureuse des Républicains à l’élection présidentielle. Selon Le Canard enchaîné, avec les bonus, la rémunération annuelle du PDG serait comprise entre 1,5 et 2 millions. Déclarant plus de 10 millions, Valérie Pécresse s’est distinguée comme la candidate la plus fortunée de ce scrutin. «C’est le patrimoine de mon mari», s’est-elle défendue. Signalons encore que c’est Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, qui avait donné le feu vert au rachat d’Alstom. Le même Macron qui, on le sait, s’irrite du «pognon de dingue» dépensé dans les minima sociaux…

Si seulement les fonds transitant par la Suisse avaient pu profiter à l’emploi dans notre pays!... Mais non, les sites de GE en Suisse alémanique ont subi quatre licenciements collectifs depuis 2016. Plus de 2800 postes de travail sont passés à la trappe. Et plus encore étaient menacés. Grâce à la détermination des salariés, des commissions du personnel et des syndicats, des centaines d’emplois ont pu être préservés. Avec ces révélations, la mobilisation doit encore être à l’ordre du jour. Nous ne pouvons que témoigner notre solidarité aux camarades de Belfort luttant pour sauver leur outil de travail. Travailleurs français ou salariés suisses, nous sommes tous victimes d’un système, qui non seulement tolère, mais favorise souvent ces pratiques économiques et fiscales éhontées. Et nous avons tous intérêt à le changer.