Maçons: revendications bétonnées

Maçon au travail.
© Thierry Porchet/archives

Parmi les revendications majeures des maçons figure la protection contre les intempéries. En cas de neige, de fortes pluies ou de canicule les travaux en plein air doivent être interrompus. Une règle de moins en moins appliquée en raison de la pression des délais et les peines conventionnelles lors de retards.

Les négociations pour le renouvellement de la Convention nationale du secteur principal de la construction ont démarré. Les travailleurs ont établi une liste de revendications. Ils exigent une meilleure protection de leur santé et la fin du vol d’heures. Les pourparlers s’annoncent difficiles

Cette année est importante pour les maçons. La Convention nationale (CN) du secteur de la construction, qui couvre quelque 80000 travailleurs, expire au 31 décembre et doit être renouvelée. La première des sept rondes de négociations, qui s’étaleront jusqu’en novembre, s’est tenue le 28 février entre la Société suisse des entrepreneurs (SSE) et les syndicats Unia et Syna. Ce tour de table a révélé le fossé qui sépare les revendications des travailleurs de la construction des prétentions des employeurs. Alors que les premiers réclament plus de protection, des journées de travail plus courtes et la fin du vol d’heures lors des déplacements ou des intempéries, les seconds exigent davantage de flexibilité et des réductions de salaires.

Règles claires pour les intempéries

A l’automne dernier, les maçons ont défini leurs revendications au travers d’un vote sur les chantiers auquel 17500 d’entre eux ont participé. Parmi les revendications les plus importantes figure la protection contre les intempéries. «Lorsque le chantier est recouvert de neige en hiver, lors de fortes pluies ou de canicule en été, les travaux en plein air doivent être interrompus. C’était la règle avant. Aujourd’hui, cela est de moins en moins possible, parce que la pression des délais est brutale et que les peines conventionnelles en cas de retards sont élevées», déplore Nico Lutz. Le responsable de la construction d’Unia plaide par conséquent pour des «règles claires valables pour tout le monde qui définissent quand les travaux doivent être interrompus». A l’image du canton de Vaud, où les partenaires sociaux ont créé en 2016 un Fonds de prévention santé et sécurité indemnisant les entreprises lors d’intempéries et qui s’appuie sur des critères précis basés sur les données de MétéoSuisse. Pour la nouvelle CN, les maçons ont ajouté la canicule, absente du modèle vaudois. Ils proposent le report des délais en cas d’interruption et des sanctions à l’égard des contrevenants. Ils veulent aussi toucher l’intégralité de leur salaire lors des arrêts de travail en utilisant les heures supplémentaires.

Dans l’idée aussi de mieux protéger leur santé, les maçons demandent des journées de travail moins longues, une réduction du travail hebdomadaire de 40,5 à 40 heures avec des journées de maximum 8,5 heures en été, contre 9 heures aujourd’hui. «Avec les heures supplémentaires et les déplacements, la journée de travail doit être de 10 heures au maximum. Si le temps de déplacement est plus long, le temps de travail doit être réduit. Et si, malgré tout, plus d’heures sont effectuées, elles doivent être payées avec un supplément de 25%. Des journées de travail plus longues doivent être l’exception et non la règle», estime Nico Lutz.

Déplacements payés

Aujourd’hui, le temps de déplacement n’est pas entièrement indemnisé, il n’est payé que s’il dépasse 30 minutes par jour. «Cela représente jusqu’à 100 heures par an que les maçons doivent mettre gratuitement à la disposition de l’employeur», explique le membre du comité directeur d’Unia. Les syndicats jugent la pratique illégale et veulent la proscrire. Ils exigent aussi que le temps pour s’habiller et pour charger le matériel soit pris en compte.

De même, la CN exclut du temps de travail la pause matinale. Les maçons réclament donc une pause payée d’un quart d’heure telle qu’elle existe déjà à Genève. «Le travail sur les chantiers est pénible, une pause payée est essentielle, que ce soit pour se réchauffer en hiver, pour se reposer à l’ombre en été ou simplement pour interrompre un travail dur», détaille Nico Lutz.

L’hygiène reste un problème récurrent, c’est pourquoi les maçons souhaitent plus de toilettes, une pour dix travailleurs, contre vingt aujourd’hui, et des nettoyages réguliers. Ils suggèrent que ces installations soient contrôlées par les commissions paritaires avec la possibilité de délivrer une amende de 3000 francs.

Les maçons veulent également obtenir une meilleure protection pour les travailleurs âgés. Ils sont partisans d’une prolongation du délai de congé dès l’âge de 50 ans et d’indemnités de départ pour cette catégorie de travailleurs.

Enfin, parmi les revendications les plus importantes, citons encore le travail temporaire que les maçons espèrent limiter à 10% de la masse salariale sous CN.

La solution à la pénurie de personnel

Les syndicats insistent sur l’idée que les améliorations des conditions de travail et d’engagement sont aussi essentielles pour rendre la branche plus attrayante. «Les maçons aiment leur métier et sont prêts à travailler un peu plus pour terminer un chantier. Mais s’ils doivent travailler ainsi pendant des semaines sans presque plus voir leurs enfants et leur famille, cela ne va pas. Nous avons aujourd’hui une flexibilité du temps de travail beaucoup trop grande, qui signifie des journées interminables. Il ne faut pas s’étonner que de moins en moins de maçons qualifiés acceptent de travailler dans de telles conditions», souligne Nico Lutz, responsable de la construction d’Unia. Aujourd’hui, un maçon sur deux pose sa truelle avant la retraite et change de carrière. Et la pénurie de personnel qualifié risque de s’accentuer, puisque le nombre d’apprentis a presque diminué de moitié ces dix dernières années. Pour Nico Lutz, la solution est évidente: «Il faut mieux protéger la santé des maçons et réduire la flexibilité des horaires.» Ce n’est pas comme si la branche ne pouvait pas se le permettre. La construction a pratiquement retrouvé son niveau record de 2019, le recul des deux dernières années a pu être compensé et les perspectives conjoncturelles sont favorables. Les besoins en personnel vont se faire sentir, mais face à la pénurie, la pression risque d’augmenter, détériorant encore les conditions de travail en alimentant ainsi une spirale infernale.