Modeste bouffée d’oxygène

A trois semaines de la votation relative à la Loi sur le CO2 révisée, partisans et référendaires retiennent leur souffle. Si le projet bénéficie du soutien d’importants acteurs politiques et économiques, ses adversaires regroupent d’autres poids lourds. L’UDC, la branche pétrolière et automobile, l’Union suisse des arts et métiers, des secteurs de l’aviation ou encore le Centre patronal le combattent. Avec des arguments qui pourraient bien faire mouche auprès d’une frange de la population appauvrie par les effets de la pandémie. Concrètement, les opposants fustigent un texte qui aura des conséquences sur le porte-monnaie des Suisses. La nouvelle mouture prévoit une augmentation de la taxe CO2 prélevée sur les combustibles fossiles. Si elle ne concerne pas les carburants, de nouvelles mesures de protection du climat seront imposées aux importateurs. Un coût qui pourra entraîner une majoration du prix de l’essence et du diesel jusqu’à 12 centimes de plus par litre. De quoi conduire le parti agrarien à prendre les raccourcis qu’il affectionne, demandant si la voiture sera désormais réservée seulement aux riches. Une question s’adressant directement aux votants des campagnes davantage tributaires de la voiture. Les personnes qui prendront l’avion devront, elles aussi, passer à la caisse. Et payer 30 à 120 francs de plus par vol en fonction de la durée et de la classe choisie. Les coûts supplémentaires seront toutefois compensés par une redistribution partielle des nouvelles taxes à la population et à l’économie, et alimenteront un fonds pour le climat. Alors que des mesures incitatives – propres à stimuler les investissements dans l’efficacité calorifique et les énergies durables – renforceront le dispositif visant à réduire, d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre de moitié par rapport à 1990. La guerre des chiffres fait déjà rage, les partisans de la nouvelle loi parlant d’une hausse annuelle de 100 francs pour une famille de quatre personnes, les autres de quelque 1500 francs... Des éléments propices à l’émergence de Gilets jaunes à la suisse susceptibles de manifester leur mécontentement non pas aux ronds-points mais en renvoyant le projet à l’expéditeur...

Le texte en votation a aussi été combattu par une frange de la Grève du climat, motivée, dans ce cas, par la faiblesse des dispositions envisagées face à l’urgence environnementale. Des mesures jugées de surcroît antisociales. Une position bien compréhensible. La Loi sur le CO2 révisée ne va clairement ni assez vite, ni assez loin. Elle exige des consommateurs des efforts financiers alors que des entreprises à la responsabilité largement plus engagée en matière de pollution ne se trouvent guère entravées dans leur fonctionnement. La mouture soumise aux urnes ne prévoit quasi aucune restriction pour le secteur financier pourtant responsable de produire vingt fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que l’ensemble du territoire national. Et libre de poursuivre ses investissements dans des projets écocides. Reste que refuser ce projet, aussi minimaliste soit-il, et qui a pris quatre ans à être ficelé, reportera encore l’urgence d’agir. La Suisse mesure déjà clairement la portée du changement climatique entre fonte des glaciers, épisodes répétés de sécheresses et d’inondations, glissements de terrains, perte de la diversité de la faune et de la flore, etc. Figurant à la quatrième place des Etats les plus néfastes en termes de CO2 pour la planète, la Confédération, signataire des accords de Paris, a le devoir d’agir. Dommage que les élus se contentent d’une bouffée d’oxygène plus que modeste. Mais connaissant la politique des petits pas qui caractérise notre pays, un «tiens!» vaut toujours mieux que deux «tu l’auras». Même à contrecœur...