Prendre l’argent là où il y en a

Les syndicats et la gauche genevois lancent une initiative demandant aux très grandes fortunes de payer un impôt de solidarité temporaire afin que les collectivités puissent renflouer leurs caisses

Les caisses sont vides et, pourtant, il est urgent de renforcer les prestations publiques à l’heure où la pauvreté ne fait qu’augmenter à Genève. La Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) et les partis de l’Alternative ont la solution: mettre en place un impôt solidaire limité dans le temps, soit dix ans, sur les très grandes fortunes, à savoir 0,5% sur la part de la fortune imposable nette supérieure à 3 millions de francs. L’initiative a été lancée le 28 septembre. Si elle aboutit, «elle réduirait les manques à gagner dus au “bouclier fiscal”, qui permet aux très grosses fortunes d’échapper à une partie de l’impôt et qui fait actuellement perdre 173 millions de francs à l’Etat et 40 millions aux communes, selon les chiffres de 2018», présente le communiqué de presse commun. Que les petits propriétaires et les artisans se rassurent, ils ne sont pas le cœur de la cible. C’est pourquoi l’initiative prévoit de tripler le montant des déductions sociales.

Le grand écart genevois

D’où part cette idée? Du constat qu’à Genève, plus que partout en Suisse, les inégalités sont en nette augmentation. «Les fortunes privées ont augmenté de 7,7% par année depuis quinze ans, alors qu’elles n’ont crû “que” de 4,7% en moyenne dans le reste de la Suisse, argumentent les initiants. En matière de répartition des richesses, Genève dispose du coefficient d’inégalité le plus élevé de toute la Suisse. Moins de 1% de la population genevoise possède plus de 64 milliards de francs.»

Les inégalités sociales, exacerbées par la crise du Covid-19, et la pauvreté n’ont jamais été aussi présentes au bout du lac. «Le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale a fortement augmenté et la durée de prise en charge s’est allongée. De plus en plus de personnes doivent faire appel aux subsides pour payer leurs primes d’assurance maladie. Les ménages s’endettent pour continuer à payer leurs factures alors que leurs revenus ont fondu. Le chômage a augmenté, en particulier chez les jeunes. Rappelons encore que les élèves en difficulté ont très fortement souffert de la fermeture des écoles et que des milliers de personnes ont dû faire appel à l’aide alimentaire offerte par le tissu associatif pour nourrir leur famille. Selon l’Office cantonal de la statistique, le risque de pauvreté touche 18,5% de la population à Genève, alors qu’il est de 15,7% en moyenne en Suisse.»

Investir plutôt que raboter

C’est sans appel, les caisses des collectivités sont vides, alors même que les prestations ont besoin d’être renforcées. «Quand la droite propose de faire de la fonction publique une variable d’ajustement en supprimant des postes à tout-va et en attaquant les conditions de travail, nous proposons au contraire de reconnaître le rôle essentiel de la fonction publique et de renforcer les prestations, afin de répondre aux besoins engendrés par cette crise», revendiquent les initiants.

La logique est simple: «Aller chercher l’argent là où il y en a plutôt que de vouloir raboter des services déjà sous tension et surexploités», afin de «dégager de nouvelles recettes fiscales qui permettront à notre canton de sortir solidairement et dignement de cette crise».

Un effort, certes, mais qui bénéficiera à toute la population, motive le texte. L’initiative devrait rapporter environ 350 millions de francs supplémentaires à l’Etat et 85 millions de francs aux communes, dont 35 millions à la Ville de Genève.