Renvoi littéralement forcé

Cela se passe en Suisse en 2021. Tôt un matin du mois d’août, à Genève, la famille V. se fait réveiller par une armada de policiers qui défonce leur porte d’entrée, pourtant ouverte. Le père et la mère, enceinte de 5 mois, sont menottés de force. Le fils aîné de 10 ans, parti se réfugier sous une couverture, terrifié, est tiré de sa cachette et sommé de s’habiller immédiatement. Son petit frère de 16 mois n’est pas épargné non plus par la violence de cette interpellation. L’objet de cette dernière: les renvoyer le jour même en Géorgie, leur pays d’origine. Grossesse oblige, un médecin des HUG est présent. Après un bref toucher du ventre de la maman, il conclura que le renvoi peut avoir lieu et cette dernière sera portée, pliée en deux, par les forces de l’ordre pour descendre les escaliers. Le crime qu’ils ont commis? Etre arrivés en Suisse en 2016 pour demander l’asile, notamment dans le cadre de graves problèmes de santé que leur pays ne pouvait prendre en charge. Cela s’est passé en Suisse, en 2021...

Vol très spécial. Malgré plusieurs recours, la famille V. n’obtiendra jamais gain de cause et sera déboutée jusqu’au Tribunal administratif fédéral. Une pétition accompagnée de 500 signatures n’aura pas eu l’effet espéré auprès du Conseil d’Etat genevois. Si la situation compliquée liée à la pandémie aura laissé un peu de répit à la famille dans son petit cocon au bout du lac, la réouverture récente des frontières a relancé la procédure et rendu réelle l’expulsion. Toutefois, arrivée à Cointrin, la mère se plaint de contractions et craint de perdre son bébé. On l’accuse d’abord de jouer la comédie, puis un vrai examen médical révélera une infection, directement liée à ses graves problèmes de vessie déjà connus. Madame est épargnée pour cette fois, elle pourra rester à Genève avec les enfants, mais doit pointer régulièrement auprès des services de police et de l’Office cantonal de la population et des migrations. Son mari a, lui, été expulsé par vol spécial, seul, et sans ses médicaments antidépresseurs et anxiolytiques.

Famille brisée. Cet usage excessif de la force par la police n’est plus supportable. Une famille, d’où qu’elle vienne, et surtout avec des jeunes enfants et une femme enceinte, ne devrait en aucun cas subir ce genre de traumatisme. Après un parcours de vie déjà difficile, les cinq membres de la famille V. ne sortiront pas indemnes de cette séparation forcée. Sans parler du poids de la menace du renvoi en Géorgie une fois que l’état de santé de la mère le permettra. Car, en Suisse, une femme peut être rapatriée jusqu’à 32 semaines de grossesse, un seuil bien au-dessus des recommandations internationales… Jusqu’à quand devra-t-on être spectateurs impuissants de ces drames humains? Quand permettra-t-on à ces familles fragiles de se reconstruire sur notre sol en leur laissant accéder à l’emploi et à nos infrastructures? On ne peut plus tolérer l’intolérable!