Après les vacances, la dure réalité

C’est la reprise. Les vacances sont terminées. Déjà lointaines pour certains. Ou qu’un rêve pour d’autres. Bien sûr, il y a eu les restrictions dues au Covid en termes de voyages. Mais pour une grande partie des travailleurs, c’est la pauvreté qui les a empêchés de prendre le large. Selon la Confédération européenne des syndicats (CES), 35 millions d’Européens, salariés, chômeurs ou retraités, n’ont pas pu se permettre de prendre des vacances hors de chez eux. Soit, globalement, 28% des citoyens de l’Union européenne (UE). Ce taux explose à 59,5% en moyenne pour les travailleurs dont le salaire est plus bas que le seuil de risque de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian. En Europe, le nombre de personnes entrant dans cette catégorie est en hausse. Elles sont 7 millions en Italie, 4,7 millions en Espagne, 4,3 millions en Allemagne, 3,6 millions en France et 3,1 millions en Pologne. Cela concerne les cinq pays les plus peuplés de l’UE. Dans d’autres, la part des salariés de cette même catégorie atteint des taux énormes, comme en Grèce (88,9%), en Roumanie (86,8%), en Croatie (84,7%) ou au Portugal (72,6%).

La pauvreté au travail a augmenté ces dernières années dans l’UE. Sous l’effet, explique la Commission européenne, des salaires minimaux et d’autres facteurs économiques. En 2018, elle touchait 9,4% des travailleurs, contre 8,3% dix ans plus tôt. Des chiffres datant d’avant la pandémie. Cette dernière ayant immanquablement accru cette proportion. Les employés des branches à bas salaires, dont les deux tiers environ sont des femmes, ont été directement frappés par la crise sanitaire. Selon la CES, l’impact des salaires minimaux légaux sur le risque de pauvreté est présent dans au moins seize pays de l’UE, et 22 millions de travailleurs se trouvent déjà sous le seuil fatidique des 60% du revenu médian.

Avec ces chiffres alarmants, la CES prépare la rentrée du Parlement européen qui devrait débattre, ce mois, du projet de directive de l’UE relative «à des salaires minimaux adéquats». Un texte incitatif, visant à relever ces salaires pour permettre aux travailleurs de vivre dignement. La CES estime qu’il ne va pas assez loin et exige qu’un «seuil de décence», interdisant des salaires minimaux en dessous du seuil de pauvreté, soit introduit dans la directive. Cela permettrait une hausse réelle des salaires pour plus de 24 millions de travailleurs, calcule la fédération syndicale. Alors que les inégalités se creusent, en Europe et partout dans le monde, il est en effet temps d’exiger des rémunérations décentes. En Suisse également où le nombre de travailleurs pauvres ou risquant de le devenir est très élevé. Il est aussi temps de se battre pour une augmentation générale des salaires pour tous, afin que le travail soit payé à sa juste valeur, et ainsi freiner la voracité des employeurs et des actionnaires, avides de profit, avec ou sans Covid…