Les assistantes en pharmacie ne lâchent rien

Les assistantes en pharmacie ont voté en faveur de différents outils propres à soutenir leur combat, comme le lancement d’une pétition.
© Olivier Vogelsang

Les assistantes en pharmacie ont voté en faveur de différents outils propres à soutenir leur combat, comme le lancement d’une pétition.

Réunies en assemblée, une centaine d’assistantes en pharmacie vaudoises, soutenues par Unia, ont décidé de poursuivre la lutte en faveur d’une convention collective de travail

Pierre-Yves MaillardLa pilule ne passe pas pour les assistantes en pharmacie vaudoises fâchées par le refus des patrons d’ouvrir des négociations en faveur d’une convention collective de travail (CCT). Réunies en assemblée générale le 31 janvier à Lausanne, plus d’une centaine d’entre elles, soutenues par Unia, ont décidé des prochaines actions à entreprendre en vue de faire avancer leur cause. Invité à la réunion, Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse (USS) et conseiller aux Etats, a exprimé en préambule son soutien à la lutte menée par les employées – la branche compte une majorité de femmes. «Ce soir c’est une étape d’un long processus. Vous allez devoir vous montrer persévérantes. Mais si vous vous serrez les coudes, vous obtiendrez des résultats», a déclaré en substance le numéro un de l’USS, tout en dénonçant les salaires «scandaleusement bas» dans la profession. «Les métiers féminins sont trop souvent mal payés. Protestez!» Une invite à son avis d’autant plus pertinente que des pourparlers se déroulent aujourd’hui sur la nécessité de rémunérer des conseils et des prestations – comme des vaccins par exemple – fournis par les pharmacies. Ces dernières sont en effet appelées à soulager les établissements médicaux actuellement surchargés. «La position patronale, refusant le dialogue, est injustifiable. L’absence de CCT est une anomalie insupportable», a encore ajouté le syndicaliste, avant de faire une digression sur l’importance de voter Oui à une 13e rente AVS le 3 mars prochain.

Fanny HostettlerUne assemblée historique!

Fanny Hostettler, présidente du comité Unia des assistantes, a ensuite présenté les principales revendications des travailleuses: un salaire minimum de 4300 francs fois 13, une grille salariale évolutive, cinq semaines de vacances pour tous (six dès 50 ans) et l’indexation des rémunérations sur l’inflation. «Nous nous battons pour nous. Pour améliorer notre quotidien. Pour nos collègues et nos familles», a encore expliqué la militante, chaleureusement applaudie par ses collègues comme l’orateur précédent. Secrétaire syndicale d’Unia, Tamara Knezevic a rappelé les principales étapes qui ont jalonné la lutte entamée en 2020. «Nous avons débuté avec une personne. Aujourd’hui, vous êtes plus d’une centaine. C’est incroyable. Historique!» La représentante d’Unia est revenue sur les différents sondages, fédérant jusqu’à 740 participants, qui ont permis de mieux identifier les besoins dans la branche. Avec une constante: la nécessité de revaloriser le métier. Un impératif passant entre autres par de meilleurs salaires. Dans une intervention pleine d’humour, son collègue, Giorgio Mancuso, responsable du secteur tertiaire à Unia Vaud, a commenté le refus des patrons d’entrer en matière sur une CCT. Un refus exprimé par voie de communiqué de presse le 30 novembre dernier. La Société vaudoise de pharmacie (SVPh) a notamment fait valoir l’aboutissement des deux initiatives en faveur du salaire minimum dans le canton pour rejeter l’idée d’un accord dans la branche.

Plusieurs options sur la table

«Du coup, pour eux, la question est réglée. Nous n’hésiterons pas à solliciter ce nouvel “allié” au moment de la campagne de votation», a ironisé le syndicaliste. La SVPh a aussi affirmé qu’elle discutait avec le Canton pour inscrire la profession dans la Loi sur la santé publique. «Cela fait des années qu’elle se cache derrière cet argument sans qu’on puisse mesurer de réelles avancées», a souligné Giorgio Mancuso, estimant que le projet n’aboutira pas. L’association patronale a encore défendu sa position en évoquant le prix des médicaments. «Ce qui revient à dire que vos bas salaires servent de variables d’ajustement au profit des employeurs.» Les représentants d’Unia ont ensuite abordé les différents moyens d’action possibles pour pousser les employeurs à entrer en matière sur leur requête. Cette question a aussi fait l’objet d’un sondage dans lequel 97% des participantes ont manifesté leur souhait de poursuivre les démarches. Dans ce contexte, Gwenolé Scuiller a présenté les deux principales options sur la table: une pétition avec récolte de signatures auprès de la clientèle pour réclamer urgemment l’ouverture de la discussion avec la SVPh ou des actions, débrayages, pauses prolongées et grèves sur les lieux de travail dans ce même but. Les deux propositions ont généré plusieurs interventions des assistantes mettant en lumière la nécessité d’élargir le taux de syndicalisation dans la branche pour construire un réel rapport de force.

Sensibilisation de l’opinion publique

«Pour celles qui n’ont pas encore franchi le pas, syndiquez-vous! Ça vous protège. N’ayez pas peur!», a lancé une participante, imitée par plusieurs collègues. Le personnel d’Unia a lui aussi insisté à plusieurs reprises sur l’importance de la démarche légitimant ainsi son engagement à leur côté. Plusieurs assistantes ont par ailleurs témoigné des actions déjà menées, suscitant les applaudissements de leurs pairs. Au terme d’une discussion nourrie, l’assemblée a procédé au vote pour choisir les outils les plus appropriés pour parvenir à leurs fins. Une majorité de personnes a opté pour le lancement, dans un premier temps, d’une pétition. Un instrument visant à gagner l’opinion publique à leur cause, quand bien même le recours à tous les autres moyens évoqués se profile à terme.