S’adresser aux opposants, pas aux convaincus

Nous sortons de la campagne sur l’initiative dite des 99% qui s’intitulait: «Alléger les impôts sur les salaires». Comme toutes les autres initiatives de ce type lancées par le Parti socialiste, elle s’est fracassée contre le mur égoïste de la majorité bourgeoise. Les supporters des 99% se sont bien battus. Ils ont fait d’excellents discours sur les inégalités des revenus et des fortunes, mais ils se sont très peu exprimés sur le but premier de leur initiative. Il n’est pas dans l’ADN du PS de dire du mal de l’imposition directe mais bien de viser une imposition directe plus équitable. Quand le PS évoque les injustices fiscales, depuis toujours, une majorité de Suisses disent non avant même d’avoir écouté le moindre argument. Les socialistes veulent augmenter nos impôts. Point barre. Un cousin banquier et radical réagissait comme cela: «Ils veulent tout nous prendre!» Si l’on s’en était tenu à la seule affirmation: Allégeons les impôts sur les salaires, cette majorité aurait écouté. Elle vise moins d’impôts et moins d’Etat en tendant la main vers cet Etat quand les affaires vont mal et aussi quand elles vont bien.

En mars, un ancien conseiller national a averti de nombreux responsables du PS et ceux de sa jeunesse les invitant à ne concentrer leurs efforts que sur ce seul argument. Il n’a reçu aucune réponse. Il faut dire que c’est un octogénaire et que, de plus, il n’a même pas fait l’université. Cause toujours. S’il s’est senti autorisé à faire cette démarche, c’est qu’il y a 40 ans, il a fait triompher la seule initiative visant à faire payer plus les gens les plus riches des communes vaudoises. Cette victoire, même ancienne, est la seule sur ce thème que les socialistes ont pu mettre à leur palmarès. Les autres ont passé à la trappe. Après cette victoire, 163 communes vaudoises baissaient leur coefficient. Promesses tenues.

Un ami m’a fait cette réflexion: «Tes bobos… font d’excellents discours sur les inégalités. Ils prouvent que, malgré leur situation de cadres privilégiés, ils sont sincèrement dans le camp des plus humbles. Le résultat des votes passe au second plan et le combat perd en crédibilité. Les convaincus du départ se taisent pour ne pas passer pour les cons vaincus d’avance.» Ils ont même tellement oublié la base, qu’ils ont fait leur drapeau de campagne en anglais. Qu’est-ce que Wall Street vient faire chez nous? Je pense à tous les efforts des militants récolteurs de signatures et à l’argent qu’ils y ont investi. Cette attitude me fait mal. Le journal du PSV est rédigé par ses mandataires qui s’adressent essentiellement aux cotisants. Cette «feuille de paroisse» est si peu un instrument de lutte que le Fil rouge de septembre sort juste après la votation. Un journal de parti doit être fait par les militants (et aussi par les mandataires) et s’adresser à toute la population pour l’inviter à partager leur espérance. Le recul du PS aux nationales, aux cantonales et aux communales ne m’étonne plus. Etre toujours dans le camp des perdants, ça use. C’est d’autant plus regrettable que les mandataires du PSV au Conseil d’Etat ou au Conseil national sont excellents(tes), efficaces, influents(tes) et qu’ils, elles, n’utilisent pas la langue de bois. Si seule la volonté d’abaisser les impôts prélevés sur les salaires avait été mise en avant, les mensonges publiés par les opposants n’auraient pas eu le même impact.

Pierre Aguet, Vevey