Solidarité avec des travailleurs chinois

Solidaires avec les travailleurs de l’usine Jasic Technology à Shenzhen en Chine arrêtés alors qu’ils manifestaient pour la défense de leurs droits, les syndicats genevois réagissent

Alertée par la Confédération des syndicats de Hong Kong, la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) a écrit le 17 septembre dernier au Premier ministre chinois Li Keqiang avec copie au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Dans cette lettre, elle condamne l’arrestation et la détention de plusieurs ouvriers de l’usine de soudure Jasic Technology à Shenzhen. Ces derniers ont été appréhendés alors qu’ils manifestaient le 27 juillet dernier contre le fait de ne pouvoir créer un syndicat indépendant dans leur entreprise. Une quinzaine de travailleurs et de sympathisants seraient toujours emprisonnés ou ne pourraient être contactés. «Nous nous inquiétons pour leur sort. Leur situation demeure obscure, vague. Notre partenaire à Hong Kong a déjà mené une action de protestation le 1eraoût dernier. Notre démarche vise à soutenir les ouvriers et aussi à interpeller les autorités suisses», explique Umberto Bandiera, secrétaire syndical d’Unia et président de la commission CGAS solidarité internationale. 

Demande de libération immédiate

Dans son courrier au numéro un chinois, la CGAS a dénoncé la légitimité de la détention des manifestants, se référant à l’article de loi du pays supposé garantir la liberté d’association. Principe aussi défendu au sein de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation internationale du travail dont la République populaire de Chine est membre. Dans ce contexte, les syndicats genevois ont appelé Pékin à relâcher immédiatement les ouvriers et leurs sympathisants et à abandonner toutes charges contre eux. Ils misent aussi sur une réaction du Seco. «La Suisse, dépositaire des Conventions de Genève, a conclu un traité de libre-échange avec la Chine. C’est le seul pays européen signataire d’un tel accord... Mais alors qu’on noue des partenariats commerciaux, des personnes disparaissent, les droits des travailleurs sont violés», s’indigne le syndicaliste fustigeant encore dans la foulée le rôle et la responsabilité des multinationales suisses.

Situation inquiétante

Outre sa lettre à l’homme fort du pays, la CGAS a également écrit à la Fédération des syndicats de Chine, l’ACFTU, la sommant d’intervenir dans cette affaire. Initiative qu’elle sait d’avance vouée à l’échec... «Il ne s’agit pas d’un syndicat stricto sensu, mais d’une organisation du pouvoir étatique. La grande majorité des organisations de travailleurs dans le monde ne reconnaissent pas cette structure. L’idée est de la placer devant ses contradictions», poursuit Umberto Bandiera et de relever que les ouvriers de Jasic Technology, confrontés à des conditions de travail inacceptables, n’auraient obtenu aucune aide de la branche locale de l’ACFTU. Selon son partenaire de Hong Kong, les travailleurs dénonçaient l’établissement d’un système illégal de punitions – amendes, par exemple pour avoir parlé au travail, oublié d’éteindre la lumière, etc. –, une intrusion dans leur sphère privée ainsi que des réductions de cotisations à l’assurance sociale et fonds de logement. «Le syndicat officiel n’aurait rien fait et, en l’absence de tout dialogue possible, les employés ont décidé de créer leur propre organisation.» Licenciements, menaces et violences ont été les réponses à leur action alors que plusieurs personnes, dont de nombreux étudiants, se sont ralliées à leur cause. Et Umberto Bandiera d’insister encore sur la gravité de la situation générale en Chine: «L’an dernier, le gouvernement a revu le statut des ONG étrangères, les soumettant à un contrôle étatique renforcé. Avec, pour conséquences à ces pressions et barrières supplémentaires, le renoncement des ONG à lancer de nouveaux projets, quand elles ne décident pas tout simplement de quitter le pays. Ce changement est particulièrement inquiétant et néfaste pour la cause que nous défendons. Ce qui s’est passé avec les manifestants de Jasic Technology ne fait que confirmer ce que nous craignions. Et il est de plus en plus difficile d’obtenir des informations sur le terrain.»