Et l’impensable fut

Retour de la peine de mort. Ce tout petit Etat d’à peine un demi-million d’habitants aura occupé la scène médiatique du monde entier la semaine passée. Malgré tout, le Brunei, situé dans le nord de l’île de Bornéo en Asie du Sud-Est, a persisté et signé en adoptant le 3 avril dernier sa réforme du droit pénal. Le nouveau code en question s’inspire de la charia la plus stricte, à l’image de l’Arabie saoudite. Au menu, la peine de mort par lapidation en cas de relations sexuelles entre hommes, de viol, d’adultère ou encore d’outrage au prophète Mahomet. Les lesbiennes, elles, ne risqueront «qu’une» peine de prison de 10 ans. Le vol sera quant à lui sanctionné de l’amputation d’une main ou d’un pied, et des amendes seront prévues pour les fidèles ayant omis de se rendre à la prière. «Je veux voir les enseignements de l’islam dans ce pays se renforcer», a déclaré le sultan multimilliardaire Hassanal Bolkiah, qui dirige cet Etat pétrolier depuis 1967.

Vaines pressions. Rien n’aura empêché cette radicalisation. Ni l’indignation internationale ni les appels lancés par certaines ONG ou plusieurs stars telles que George Clooney ou Elton John n’auront eu raison de cette décision. Encore moins les prises de position de la haute commissaire de l’ONU pour les Droits de l’homme, Michelle Bachelet, de l’Union européenne ou encore de certains Etats dénonçant des «peines cruelles et inhumaines» assimilables à de la torture. Le sultan maintient le cap, coûte que coûte. Il faut dire que le Brunei n’était, avant cela, pas non plus une terre de libertés et de droits. Depuis 2013, les relations sexuelles entre hommes étaient déjà passibles de 10 ans de prison. Cela dit, plus aucune exécution capitale n’avait eu lieu depuis 1957…

Liaisons dangereuses. Ce retour en arrière d’une autre ère est tout aussi hallucinant qu’inquiétant. Si les analystes assurent que cette action religieuse n’est qu’une stratégie politique déguisée pour s’assurer le soutien des musulmans les plus conservateurs et ainsi conforter son pouvoir absolu, l’application de cette loi islamique reste toutefois bel et bien une option. Autrement dit, pendant que certains pays osent se montrer progressistes en légiférant en faveur du mariage gay, d’autres, comme le Brunei, le criminalisent, rendant illégal l’amour entre deux personnes du même sexe. En 2019! Une discrimination honteuse et une attaque aux droits de l’homme qu’aucune stratégie politique ne peut justifier.