La lutte a payé

Banderole comparaison espace poules bio et enfants
© Neil Labrador

Plus de 8000 personnes ont manifesté le 13 novembre en faveur de conditions d’accueil parascolaires dignes pour les enfants du canton de Vaud, qui ont déjà moins d’espace que des poules bio.

Les négociations entre l’EIAP et la délégation du collectif parascolaire sont enfin ouvertes

«C’est une bonne nouvelle. Le dialogue est ouvert avec une prise en considération des demandes et des préoccupations des uns et des autres. La lutte a fait prendre conscience que le parascolaire est important.» Christine Guinard Dumas, secrétaire générale d’Avenir Social Vaud, se dit satisfaite de la réunion qui s’est déroulée le 11 décembre dernier. Dans un communiqué commun, la délégation du collectif parascolaire, dont elle fait partie, et neuf des dix représentants de l’Etablissement intercommunal pour l’accueil parascolaire primaire (EIAP) indiquent: «Il a été décidé d’ouvrir un dialogue en vue de fixer le périmètre de négociations et de viser un accord sur le nouveau cadre de référence pour une entrée en vigueur fixée au 1er février 2019.» Les actions prévues en janvier, notamment une nouvelle grève et une manifestation, sont donc suspendues. Plusieurs rencontres sont, en revanche, agendées.

Pour mémoire, le 13 novembre, le personnel vaudois du parascolaire, Avenir Social Vaud et le SSP avaient organisé une grève suivie d’une manifestation historique réunissant plus de 8000 personnes contre le nouveau cadre de référence prévoyant davantage d’enfants par éducatrice et éducateur et moins de personnel formé. Le 3 décembre, un piquet de mobilisation était organisé devant le siège de l’EIAP à Pully et une quarantaine de structures se mobilisaient partout dans le canton.

Le Parti socialiste vaudois avait, quant à lui, déposé une résolution demandant l’ouverture de négociations contre le démantèlement des conditions d’accueil des enfants. A la suite de la réunion du 11 décembre, il l’a retirée tout en soulignant rester «vigilant quant à son issue».

Pour un accueil de qualité

«Parents, professionnels, pédiatres, Pro Familia ou encore la Fédération vaudoise des structures d’accueil de l’enfance ont exprimé leurs vives préoccupations quant au bien-être, au développement et à la sécurité des enfants induits par le nouveau cadre de référence, rappelle dans un communiqué Jean Tschopp, vice-président du groupe socialiste au Grand Conseil. Nous resterons très attentifs à l’évolution de ce dossier. Nos enfants méritent un accueil parascolaire professionnel de qualité. Si les résultats obtenus ne devaient pas être à la hauteur des attentes, nous n’hésiterons pas à intervenir au Grand Conseil.» La présidente du Conseil d’Etat, Nuria Gorrite, avait elle aussi invité les partis au dialogue, et plusieurs municipaux – dont David à Lausanne – avaient indiqué qu’ils ne suivraient pas le futur cadre proposé par l’EIAP. Soit une augmentation d’enfants par éducateur et moins de personnel formé.

Au mois de novembre, le Groupement des pédiatres vaudois (GPV), dans une lettre adressée à Nuria Gorrite, faisait également part de son inquiétude face au nouveau cadre de référence proposé: «Les conséquences pratiques sont évidentes: diminution et déprofessionnalisation de l’encadrement des enfants, surcharge des professionnels de la pédagogie avec diminution globale du niveau éducatif et pédagogique des enfants.» Alors même que les pédiatres constatent chaque jour l’augmentation des difficultés éducatives liées aux troubles du comportement, du sommeil, des difficultés alimentaires, psychologiques, familiales et sociales. «L’éducation et la pédagogie sont l’affaire de tous, à savoir les parents et les professionnels de l’enfance au sens large du terme.» Et de noter: «Les structures d’accueil des enfants sont un lieu important de socialisation, d’apprentissage de la vie en communauté, du respect d’un cadre et de règles, et un lieu d’inclusion d’enfants avec des besoins particuliers. Dans la société actuelle, elles sont un complément indispensable à l’éducation parentale. Vouloir diminuer le taux d’encadrement et de professionnalisme de ce dernier est un très mauvais calcul qui se base uniquement sur une vision d’économies à très court terme, mais qui, sur le moyen-long terme, aura des conséquences délétères sur la santé globale de nos enfants, dont les coûts seront bien évidemment largement supérieurs à ces petites économies.»