Le télétravail, un nouveau modèle?

Environnement de "télétravail".
© Thierry Porchet

Près de 90% des personnes interrogées estiment que le home office doit être autorisé en complément du travail au bureau.

Un sondage mené par Syndicom montre que le travail à la maison a fait des heureux pendant le confinement. Mais des risques existent…

Près de 90% des personnes interrogées estiment que le home office doit être autorisé en complément du travail sur place. Les résultats du sondage mené par l’institut de recherche gfs.bern à la demande de Syndicom (syndicat des médias et de la communication) révèle un engouement certain des participants. Soit 1126 actifs ayant travaillé au moins un jour par semaine à la maison en mars et en avril, durant la période très spécifique du semi-confinement. Plus de 60% d’entre eux estiment que le télétravail leur a permis une meilleure conciliation de leur vie privée et de leur vie professionnelle, et a diminué leur stress. La réduction du temps de déplacement, et ainsi la limitation du trafic et de ses impacts sur l’environnement, est saluée par la grande majorité. Mais il y a aussi le revers de la médaille: le manque de contacts informels, l’isolement, la mauvaise ergonomie du bureau à domicile, ainsi que le non-remboursement des frais par la majorité des entreprises (papier, cartouches d’encre, connexion internet, électricité, imprimante, etc.).

De surcroît, les difficultés à concilier télétravail et garde d’enfants ont touché 41% des sondés dont une majorité de femmes. Quant au nombre d’heures de travail, il varie beaucoup selon l’étude: 26% ont trimé davantage, 21% le même nombre d’heures et 22% moins. En outre quelque 41% d’employés avaient travaillé entre 40 et 47 heures au cours des cinq jours ouvrables précédant leurs réponses au sondage, et 7% au-delà.

Conditions-cadres essentielles

Syndicom en conclut, dans un communiqué publié fin mai, que des solutions entre partenaires sociaux doivent être trouvées, notamment «sur la question du financement du lieu de travail, ainsi que sur la protection de la santé en home office, la flexibilité du temps de travail et un éventuel décloisonnement du travail». Et d’indiquer: «Il ne peut être dans l’intérêt des entreprises d’établir en permanence un home office exclusif dans le but d’économiser les frais d’infrastructure et de déplacement. Un mélange équilibré, dont les conditions-cadre doivent être convenues entre les partenaires sociaux, serait plus judicieux.»

Reste que le télétravail n’est pas nouveau. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), entre 2001 et 2019, le nombre d’actifs effectuant du home office, au moins une fois par mois, a quadruplé, passant de 250000 à un million de personnes. Et de 30000 à 136000 employés pour ceux travaillant plus de la moitié de leur temps chez eux. La proportion d’actifs à domicile s’approchait ainsi du quart des salariés en 2019. Une tendance que l’expérience généralisée durant la pandémie pourrait bien accélérer…

«Le télétravail doit être limité et volontaire»

«Le télétravail n’est pas possible dans tous les secteurs, réagit Christine Michel, spécialiste de la santé au travail à Unia. Pour la grande majorité de nos membres leur présence physique est demandée sur les lieux de travail. Or, nous ne souhaitons pas deux classes d’employés.» Si l’experte n’est pas fondamentalement opposée au home office, elle reste critique. Entretien.

Quels sont les éléments essentiels à la mise en place du télétravail?

Le télétravail doit être limité et volontaire, et non pas imposé par l’employeur pour diminuer ses charges. D’ailleurs, les coûts liés au travail à la maison doivent être impérativement remboursés. Le télétravail ne devrait pas excéder un jour par semaine, voire deux, afin d’éviter la perte de contact avec l’entreprise, entre collègues. Il doit être encadré par des règlementations dans les conventions collectives de travail. La saisie du temps de travail, le droit à la déconnexion, l’importance du temps de repos, les conditions ergonomiques du bureau sont des critères essentiels à prendre en compte. Alors que l’employeur reste garant de la santé de ses employés, le télétravail repose encore trop sur la responsabilité individuelle.

Dans le sondage de Syndicom, 61% des participants estiment pouvoir mieux concilier vie professionnelle et éducation des enfants…

A mon avis, on peut plutôt parler d’un exercice de jonglage astreignant dans cette situation exceptionnelle liée au Covid-19. Et si le sondage de Syndicom montre que davantage d’hommes ont eu moins de peine à concilier enfants et travail, cela prouve une fois de plus que les femmes prennent davantage en charge la famille. Le télétravail permet d’être présent à la pause de midi par exemple, mais il est impossible de garder les enfants et de se consacrer à son activité professionnelle en même temps.

Une majorité de personnes interrogées estiment aussi que leur niveau de stress a baissé et apprécient la diminution de leur temps de trajet…

Du côté d’Unia, nous souhaitons privilégier plutôt le recours à des espaces de coworking (proche des domiciles des collaborateurs, ndlr) qui favorisent le maintien d’un rythme social tout en évitant les trop longs déplacements. Cela permet aussi de prévenir l’éparpillement des heures de travail. Car des journées trop longues accentuent le stress. Plusieurs études montrent de surcroît que les gens travaillent généralement davantage à la maison.