Les chantiers doivent fermer

Contrôle d'Unia sur un chantier à Belmont (Vaud).
© Thierry Porchet

Les syndicalistes multiplient les contrôles. Ici à Belmont, dans le canton Vaud, Unia est intervenu au petit matin sur trois chantiers rassemblant, tous corps de métiers confondus, une cinquantaine de travailleurs. Il a demandé à l’entreprise responsable l’application stricte des prescriptions sanitaires, notamment en matière de distance sociale et de désinfection des outils, problématiques dans ce cas-là.

Unia martèle l’importance d’arrêter le travail de la construction. Un sondage montre que les mesures de protection de l’OFSP ne sont pas respéctées

Plus de 2900 ouvriers ont participé au sondage d’Unia sur leurs conditions de travail au temps du coronavirus, rien qu’entre le 23 et le 25 mars (et le sondage se poursuit). Et les résultats sont sans appel: plus de 80% indiquent que la distance prescrite par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne peut être respectée sur leur lieu de travail et que les transports de groupe ne sont pas effectués conformément aux règles. De surcroît, plus de 70% des travailleurs alertent sur le fait que les outils ne sont pas désinfectés lorsqu’ils sont transmis à un collègue, que les installations sanitaires ne sont pas nettoyées régulièrement et qu’il manque des serviettes jetables et du savon. Ce sondage reprend les points à respecter de la liste «pour se protéger contre Covid-19 sur les chantiers» publiée par le Seco, en collaboration avec l’OFSP et la Suva.

Besoin de contrôles

Pour Unia, «compte tenu du besoin d’application des règles, il n’y a pas d’autre option que de déclencher un arrêt technique et une fermeture de principe des chantiers. Cela est nécessaire pour protéger la santé des travailleurs et celle de leurs familles, pour contenir la pandémie, mais aussi pour limiter les conséquences économiques.» Nico Lutz, membre du comité directeur d’Unia, souligne: «Il est urgent d’arrêter les chantiers jusqu’à ce qu’un dispositif clair puisse être appliqué. On ne peut pas dire aux patrons de choisir. Si beaucoup d’entre eux sont intelligents, d’autres ne sont pas raisonnables. D’où l’importance d’un mécanisme précis, avant de redémarrer là où c’est possible.»

Dans un communiqué, le syndicat détaille: «Les exceptions – pour les travaux socialement essentiels – doivent être décidées par les autorités en collaboration avec les partenaires sociaux. Lorsque les entreprises peuvent prouver qu'elles se conforment aux règlements de l’OFSP, le travail peut se poursuivre. Un assouplissement du régime est possible si une organisation de contrôle efficace est rapidement mise en place et garantit le respect de la réglementation.»

Reste que, sur le terrain, il est pratiquement impossible d’assurer la distance sociale. «Dans le gros œuvre, une activité très physique, les ouvriers sont proches. Dans le travail, mais aussi dans les baraques ou dans les voitures», explique Nico Lutz, qui note toutefois quelques exceptions comme un terrassement où l’ouvrier se trouve seul dans sa machine. Même si on pourrait encore se demander si cela est vraiment nécessaire en ces temps d’urgence sanitaire…

Disparités régionales

Le responsable syndical indique encore la situation divisée entre la Suisse romande et la Suisse alémanique: «En Romandie, pas mal d’activités ont cessé, que ce soit à Genève, à Fribourg, mais aussi dans le canton de Vaud. Les entreprises peuvent demander le chômage technique. Par contre, en Suisse alémanique, la plupart des chantiers continuent. Et les patrons pensent toujours que c’est possible de travailler.»

Les résultats du sondage sont transmis régulièrement aux cantons et à la Suva qui sont responsables de faire respecter les consignes. Mais les mesures se font attendre et le Conseil fédéral, en fin de semaine dernière, refusait toujours de décréter une fermeture des chantiers. Unia rappelle pourtant l’urgence de «faire appliquer les mesures de protection pour ralentir la propagation de la pandémie et minimiser les dommages économiques». Pour le syndicat, les coûts de l’arrêt temporaire de travaux socialement non essentiels doivent être couverts par l’Etat. Unia met en garde: «Plus la mise en œuvre effective des mesures de lutte contre la pandémie est retardée, plus le préjudice économique global sera important. Il s’agirait aussi de s’inspirer des expériences des pays voisins qui ont quelques jours d’avance dans le développement de la propagation du virus. Ainsi, il y a dix jours, le président de l'Association des entrepreneurs de la construction italienne a demandé instamment l'arrêt de toutes les activités sur les chantiers.» La semaine dernière, les associations des entrepreneurs du Tessin, de Vaud et de Genève soutenaient encore un arrêt généralisé. La décision du Conseil fédéral vendredi de ne pas suspendre toutes les activités ouvre une brèche dans cette position.