Allo! Y a quelqu’un?

Sur de nombreux clochers se dresse une antenne téléphonique. De quoi ironiser facilement sur le besoin d’un smartphone pour communiquer avec Dieu… Plus de 80 églises en Suisse en seraient pourvues, sur les quelque 20000 emplacements dénombrés par les opérateurs. Le conditionnel est de mise lorsque l’on parle téléphonie car, depuis deux ans, l’opacité règne dans ce secteur pourtant crucial avec l’avènement de la 5G. Les opérateurs n’aiment pas révéler l’emplacement de leurs antennes ni les montants des locations. A Cully, dans le canton de Vaud, une pétition munie de 161 signatures a été déposée fin décembre pour s’opposer à l’extension de l’antenne du temple, comme le signale un article de 24heures. Ce type d’installation a été refusé également par d’autres paroisses, ailleurs en Suisse, soucieuses de ne pas mêler intérêts commerciaux et exercice de la foi.

Oppositions et pétitions pleuvent ces derniers mois, dans tous les cantons, grâce à des collectifs de citoyens qui veillent au grain contre l’installation de nouvelles antennes 5G ou contre l’adaptation des anciennes à cette nouvelle technologie. Entre autres objections d’importance récentes, citons celles d’Eison, Conthey, Morges, Dombresson, Fontaines, La Chaux-de-Fonds, Genève, Lausanne… Au niveau fédéral, plusieurs initiatives sont en cours de récolte de signatures ou de validation. Pendant que mécréants – opposés à la religion du numérique sans limite – et fervents adorateurs technophiles s’écharpent sur les risques pour la santé et l’environnement, la 5G s’étend, inexorablement. Moratoire ou pas. Comme l’indique un article de la Tribune de Genève, plus de 300 antennes sont déjà opérationnelles dans le canton de Genève grâce à l’effet suspensif accordé aux trois opérateurs nationaux (Swisscom, Sunrise, Salt). Ces derniers ont fait recours contre la décision du Parlement de modifier la Loi sur les constructions et les installations diverses, qui signifiait l’obligation d’une mise à l’enquête pour transformer une antenne existante. Ultime rempart: en cas d’augmentation du rayonnement ou d’installation d’une nouvelle antenne, le feu vert du Département du territoire est obligatoire. Et, jusqu’à présent, il a toujours été rouge. Conséquences? Les opérateurs font recours.

La bataille devient éminemment juridique. A Genève, depuis septembre 2019, plus de 90 oppositions totalisant environ 14000 signatures ont été déposées selon le collectif «5G moratoire pour la Suisse». Le site internet romand «On se bouge» liste les mises à l’enquête contre lesquelles chaque habitant peut recourir grâce à des lettres types. De son côté, le Conseil fédéral vient d’émettre des directives permettant aux antennes adaptatives de dépasser «pendant un bref laps de temps» la puissance d’émission, détournant ainsi les valeurs limites de précaution. Une fuite en avant alors que de nombreuses études alertent sur les risques pour la santé des rayonnements non ionisants et sur le caractère énergivore et donc polluant de l’utilisation des nouvelles technologies, mais aussi de leur construction. Pousser à l’achat de smartphones compatibles avec la 5G relève de l’hérésie. La sacro-sainte liberté de commerce est devenue notre dieu tout-puissant.

Plus d’informations sur: onsebouge.chstop5g.chmoratoire5g.ch