Cherchez l’erreur

Clap de fin pour la Conférence nationale sur le thème des travailleuses et des travailleurs âgés. Les personnes en fin de carrière ne retiennent plus l’attention du Conseil fédéral. Ce dernier a décidé unilatéralement de mettre un terme à la rencontre qui réunissait annuellement des représentants de la Confédération, des Cantons et des partenaires sociaux. L’annonce est tombée lors de la sixième et désormais dernière édition tripartite, organisée le 15 novembre dernier à Berne. Une décision particulièrement choquante pour l’Union syndicale suisse (USS). Qui, à l’origine de l’initiative, la qualifie d’affront à l’égard de la population concernée se heurtant à des difficultés spécifiques sur le marché du travail. Les syndicats ne partagent en effet pas l’analyse du gouvernement. Ce dernier veut voir le verre à moitié plein bien qu’il continue à fuir. Il fonde son optimisme sur le fait que ces cinq dernières années la proportion d’actifs de 55 ans et plus a augmenté de 18%. Une tendance certes positive, mais essentiellement due à une participation nettement plus forte des femmes au marché du travail. Ce phénomène tient directement à l’évolution de leur statut et de la société. Il reflète également la réduction des possibilités de partir à la retraite anticipée ou d’obtenir une rente AI. Pas de quoi permettre aux sans-emplois en bout de course professionnelle d’appréhender des lendemains sereinement.

Déjà dans une dynamique ascendante, le chômage a continué sa progression sous les effets de la crise sanitaire. Cette situation alarmante frappe de plein fouet les quinquagénaires et plus en quête d’un travail. Qui, comme l’atteste l’enquête réalisée par l’USS, galèrent pour se remettre en selle. Il leur faudra souvent au minimum un an de recherches pour décrocher un nouvel emploi – bien plus longtemps que leurs homologues moins âgés. Et alors avec fréquemment à la clef, non pas un job de rêve mais une activité temporaire. Malgré des lettres de postulation à répétition, tous n’auront toutefois même pas accès à cette perspective précaire. Et termineront à l’aide sociale. Une finalité qui gagne du terrain: le taux des 50-64 ans en fin de droits est passé, depuis 2005, de 1,9% à 3%. Ce chiffre se révèle beaucoup plus élevé que dans les autres tranches d’âge. La réunion tripartite en a d’ailleurs mesuré la portée, puisqu’elle s’est positionnée en faveur de l’introduction d’une rente-pont pour les chômeurs dès 60 ans, sous certaines conditions. Un outil concret important – comme la possibilité pour les sans-emplois de demeurer dans leur caisse de pension – mais dont la mise en application patine. Cet instrument est dans tous les cas évocateur d’une réalité: la majorité des chômeurs âgés n’intéressent plus le marché de l’emploi. Ces derniers sont jugés trop coûteux. Pas assez malléables. Plus à la page. Moins productifs. Insuffisamment formés. Voire même nuisibles à l’image de l’entreprise... Les représentations mentales et les stéréotypes à leur égard restent largement ancrés dans une société qui privilégie le jeunisme. Passé les 45 ans, la personne entre déjà dans la délicate tranche des seniors avec des opportunités qui se réduisent comme peau de chagrin. Une discrimination à l’embauche qui ne dit pas son nom, mais bien réelle. Et alors que, sans protection spécifique, les actifs âgés sont souvent les premières victimes de restructurations. Dans ce contexte, le Conseil fédéral aurait été bien avisé de maintenir la Conférence après avoir pris tardivement conscience de la problématique. Mais non. Il a préféré opter pour quelques mesurettes supplémentaires – bilans de compétences gratuits pour les plus de 40 ans, job coaches, etc. – et se décharger de cette responsabilité tout en se montrant favorable à un relèvement de l’âge de la retraite. Cherchez l’erreur...