Des votes de bon sens

A la retraite et pauvre ou menacé de l’être: voilà la dure réalité d’une personne sur cinq âgée de 65 ans et plus. Bien qu’ayant souvent trimé toute leur vie, nombre d’aînés tirent le diable par la queue. La moindre dépense imprévue les plonge dans la précarité. Leur maigre pécule les isole socialement. Le montant de l’AVS s’élève aujourd’hui à 2000 francs en moyenne. Et ne suffit plus à couvrir les besoins vitaux. D’autant plus avec le renchérissement du coût de la vie qui n’a généré aucune adaptation. La rente du deuxième pilier n’a, elle, cessé de fondre et ne permet souvent pas de combler les trous dans le budget. En particulier pour les femmes, qui ont dû interrompre leur parcours professionnel pour s’occuper des enfants. Cette situation injuste, nous pouvons l’atténuer en acceptant l’initiative syndicale en faveur d’une 13e rente AVS qui sera soumise au vote le 3 mars prochain.

Les citoyens seront aussi appelés à se prononcer sur la proposition des Jeunes libéraux-radicaux. Qui veulent allonger la durée de la vie professionnelle à 66 ans et plus. Ses partisans justifient la réforme par une AVS qui serait au bord de la faillite et par l’augmentation de la durée d’existence. Des allégations sur les finances erronées. Le premier pilier se porte bien. Il enregistrera, selon les prévisions du Conseil fédéral, des réserves de l’ordre de 70 milliards d’ici à 2030. Mais bien sûr, comme les opposants à une 13e rente, on joue sur la peur. On dramatise en dépit de pronostics qui se sont toujours révélés trop pessimistes. En revanche, l’argent ne manque jamais dans les caisses fédérales quand il s’agit d’investir des milliards dans l’achat d’avions de chasse ou de sauver des banques...

La réforme défendue par les Jeunes PLR mise sur une introduction progressive de la retraite à 66 ans d’ici à 2033. Après, cet âge de référence sera lié à l’espérance de vie et augmentera en conséquence. Un mécanisme automatique absurde, déconnecté de la conjoncture, des risques de récession. La proposition ne tient pas davantage compte de l’employabilité des personnes les plus âgées. Pourtant, même en cas de taux de chômage particulièrement bas, les cinquantenaires et plus restent plus souvent qu’à leur tour sur la touche, victimes d’une discrimination à l’embauche régulièrement pointée par l’OCDE. C’est aussi cette catégorie de travailleurs qui, en cas de restructuration, sont les premiers à être licenciés.

Mais surtout, la mouture de la droite passe outre les conséquences de l’intensification du travail et de l’augmentation de la productivité sur la santé des classes laborieuses. Un facteur qui met les salariés à rude épreuve et justifie pleinement la retraite à 65 ans. Entre l’usure des corps et les effets délétères du stress, largement répandu, l’idée de prolonger la vie active relève du mépris. Et on ne parle même pas de ses répercussions sur des métiers prévoyant une retraite anticipée en raison leur pénibilité. Comme dans la construction où les maçons s’épuisent, par tous les temps, sur les chantiers. Et parviennent rarement en forme à la retraite. Quand ils ne sont pas licenciés avant l’heure aux motifs inavoués de baisses de performances ou de coût des charges sociales.

La proposition des Jeunes PLR ne fait qu’entériner et creuser davantage les inégalités. Seuls les hauts revenus pourront se soustraire à ce projet ficelé par une bande de privilégiés. Rejeter cette initiative s’avère aussi indispensable que d’accepter une treizième rente pour les aînés, au nom du bon sens et d’une solidarité essentielle entre les générations. Et s’il faut vraiment, à terme, renflouer l’AVS, des solutions existent. Comme la taxation des robots qui ont généré des baisses d’effectifs, donc de contributeurs aux charges sociales. Ou encore l’acceptation et la valorisation d’une immigration salvatrice dans un pays vieillissant...