Electroleman: «Edifea doit prendre en charge les salaires!»

Lors du dépôt de la requête chez l'administrateur d'Edifea.
© Thierry Porchet

C’est à la rue du Rhône, chez l’administrateur d’Edifea à Genève, qu’un travailleur représentant ses collègues licenciés par la société Electroleman et les syndicalistes Manuel Nussbaumer et José Sebastiao sont allés déposer la requête pour que le groupe paie les salaires dus.

Les employés licenciés et Unia demandent à Edifea, entreprise générale, de se montrer solidaire, de verser les salaires impayés ainsi que tous les arriérés, pour un montant de 240000 francs

Les dix travailleurs d’Electroleman, pour rappel licenciés le mois passé sans toucher leurs salaires de mars et d’avril, n’ont toujours pas été payés. L’administrateur de l’entreprise d’électricité genevoise est aux abonnés absents et la faillite n’a pas encore été prononcée. D’après nos informations, il semblerait même qu’il poursuive ses activités au sein d’une nouvelle entité. La situation des employés lésés n’est plus tenable, leur stabilité financière et familiale est en péril.

Le mois dernier, Unia avait interpellé Edifea, entreprise générale qui avait sous-traité sept de ses chantiers à Electroleman, lui demandant de bloquer les factures ouvertes envers cette dernière. Edifea, dans nos colonnes, avait déclaré s’être exécutée et avoir dénoncé le contrat qui la liait à Electroleman. Elle avait par ailleurs communiqué qu’elle appellerait les nouvelles entreprises choisies à embaucher les travailleurs lésés. Par contre, elle avait souligné ne pas pouvoir se substituer à l’employeur pour le paiement desdits salaires, mais avait proposé de collaborer avec l’Office des faillites.

«Ce n’est pas ce que les travailleurs demandent!» répond Unia, qui juge qu’Edifea peut mieux faire, et a une responsabilité sociale. C’est pourquoi le syndicat, accompagné d’un travailleur représentant ses collègues, ont remis le 4 mai une lettre à Jean-Bernard Buchs, administrateur de la société. «Nous lui demandons d’assumer pleinement le paiement des arriérés de salaires et les délais de congé, estimés à 240000 francs», explique José Sebastiao, secrétaire syndical en charge du dossier.

Contentieux de longue date

Ce n’est pas la première fois que les syndicats demandent formellement à Edifea, dont l’actionnaire principal est le milliardaire Claude Berda, classé parmi les 100 plus grandes fortunes françaises, de se responsabiliser face aux comportements de ses sous-traitants. L’Evénement syndical avait suivi le cas semblable des travailleurs d’Alpes Bâti, à qui Edifea avait promis en 2019 de payer les salaires. «Edifea n’a jamais payé un centime, Alpes Bâti a fait faillite mais comme elle n’était pas solvable, les travailleurs n’ont rien reçu», dénonce José Sebastiao.

A la suite d’un nombre important de cas dénoncés par les organisations de défense des travailleurs, la direction de cette entreprise de construction avait été changée. «Celle qui lui a succédé a tenté de présenter une nouvelle image, mais son attitude tend vers la continuité d’une politique opaque, regrette le syndicaliste. Ces affaires mettent en évidence la problématique de la sous-traitance et la nécessité de la mise en place, urgente, d’une politique de responsabilité solidaire contraignante pour les entreprises adjudicatrices.»

Vers un dénouement?

Contactée, Edifea dit toujours être en attente des éléments demandés à Unia au sujet des travailleurs «avant de pouvoir poursuivre de quelque manière que ce soit» et informe ne plus souhaiter se prononcer sur l’affaire en cours par voie de presse. «Nous privilégions désormais le cadre légal.»

De son côté, Unia assure n’avoir reçu aucune demande d’Edifea, mais rappelle avoir, lui, demandé à plusieurs reprises à Edifea les montants des factures ouvertes auprès d’Electroleman, en vain.

D’après nos informations, Edifea et Unia auraient prévu de se rencontrer. Gageons qu’ils trouvent la voix du dialogue.

Quant aux travailleurs, certains ont à nouveau du travail en tant qu’intérimaires, mais pas par le biais d’Edifea. Enfin, Unia prépare des actions en justice à l’encontre d’Electroleman.