La solidarité avec la lutte chez DPD tisse sa toile internationale

Capture d'écran de la vidéo.
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«DPD, respectez vos travailleurs!» Des syndicalistes d’Argentine, de Malaisie, des Etats-Unis, du Brésil ou encore du Japon ont adressé, par le biais d’une vidéo, leurs messages de solidarité aux chauffeurs de DPD en Suisse et leurs exigences vis-à-vis du groupe.

Des syndicalistes des quatre coins du monde ont apporté mercredi dernier leur soutien à Unia et aux travailleurs suisses de l’entreprise de logistique

Ce n’est pas parce qu’il y a la grève chez Smood qu’il faudrait oublier DPD! Pour mémoire, en février dernier, Unia avait dénoncé publiquement les conditions de travail déplorables que subissent les quelque 800 livreurs employés par cette filiale de La Poste française devenue le numéro deux de la livraison en Suisse. Le syndicat a constitué six collectifs locaux de salariés, un comité national et n’a pas relâché la pression depuis cet hiver pour obtenir l’enregistrement du temps de travail et le paiement de toutes les heures effectuées, le respect des droits syndicaux et l’ouverture de négociations avec les représentants du personnel.

La direction de DPD n’a pas accepté ces revendications ni voulu encore ouvrir des négociations, mais de premières améliorations ont été constatées dès le printemps: dans nombre de dépôts, les horaires ont été réduits, le temps de travail a commencé à être enregistré et les heures supplémentaires à être partiellement payées. Des livreurs de Meyrin (GE) se sont vus par ailleurs directement engagés par l’entreprise de logistique. Rappelons que DPD ne distribue pas lui-même les colis, il utilise à cette fin de petites sociétés sous-traitantes basées dans ses onze dépôts.

Les problèmes sont toujours là

Une enquête menée par Unia en octobre et novembre a toutefois montré que les problèmes persistent. Selon les chiffres présentés par le syndicat, 70% des chauffeurs interrogés ont indiqué que leur temps de travail n'était pas correctement enregistré et payé. Près de 30% ont déclaré être contraints de signer de faux décomptes de temps de travail. Et environ la moitié d'entre eux se sont plaints d’avoir reçu des pressions pour ne pas s'engager syndicalement. «La situation reste très difficile pour les travailleurs de DPD. Il y a toujours de très longues journées avec souvent des heures impayées», explique Roman Künzler, responsable de la logistique chez Unia.

Et dans le contexte du Black Friday, du Cyber Monday et de la veille des fêtes de fin d’année, les livreurs terminent leurs tournées encore plus tard que d’habitude. «La période de Noël représente pour DPD un chiffre d’affaires énorme. Les travailleurs en paient le prix. Nous demandons des journées normales de travail aussi durant cette période, c’est-à-dire pas plus de dix heures de travail par jour, et que toutes les heures soient payées. DPD doit mettre en place un cadre qui permette un travail digne», souligne le responsable syndical.

Accord mondial non respecté

Les revendications d’Unia ont reçu un soutien international à l’occasion d’une journée d’action coordonnée par Uni Global Union, l’internationale syndicale des services dont le siège est à Nyon (VD). En 2017, GeoPost, maison mère de DPD, avait signé un accord avec Uni Global Union selon lequel le groupe de logistique et toutes ses entités s’engageaient à respecter les droits syndicaux fixés par les conventions de l’Organisation internationale du travail et les principes directeurs des Nations Unies, notamment en ne faisant pas obstacle à la représentation syndicale, à favoriser le dialogue social ou encore à respecter les lois sur le travail. Dans un communiqué, Uni Global Union a dénoncé des «actions antisyndicales en contradiction avec les dispositions de l'accord». L’organisation internationale a aussi regretté qu’en vertu de ce dernier, elle n’ait pas pu jouer le rôle de médiateur qui lui revenait.

«Ils doivent respecter l'accord mondial qu'ils ont signé et reconnaître les droits de leurs employés. DPD doit commencer à négocier avec Unia pour des salaires, des horaires et des conditions de sécurité équitables pour les travailleurs en Suisse», juge Mark Dimondstein, le président de l’American Postal Workers Union, qui représente 200000 postiers étasuniens, dans une vidéo diffusée par Unia. A ses côtés, des syndicalistes de Malaisie, du Brésil ou du Japon témoignent aussi de leur solidarité avec les travailleurs suisses et leur syndicat. Dans des centres de tri argentins, des postiers exigent le respect des droits syndicaux chez DPD et invitent la direction au dialogue social. «Cette forte solidarité envoie un message aux travailleuses et aux travailleurs de DPD en Suisse en leur montrant que les syndicats du monde entier sont à leurs côtés, souligne Roman Künzler. Mais elle adresse également un message tout aussi puissant à l'entreprise, lui signifiant qu'où que ce soit, elle ne peut s'en tirer en violant les droits des travailleurs.»