Les militants dans le viseur des procureurs

Au palais de justice de Genève lors du procès en décembre 2024.
A la suite de l’acquittement de citoyens écologistes à Genève, le Ministère public fait appel. Son acharnement est dénoncé.
Le 30 janvier, le mouvement Act Now! se réjouissait de la décision du Tribunal de police du canton de Genève d’acquitter trois militants pacifistes en vertu de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Celle-ci protège en effet la liberté de réunion pacifique même sans autorisation préalable. «Une victoire juridique majeure pour l’activisme climatique en Suisse, aujourd’hui menacée par l’appel du Ministère public», dénonce Act Now! en ce mois de mars. Prune Jaillet, l’une des inculpés ne cache pas sa déception: «Les procureurs de Genève, qui espèrent passer sous le radar de la justice internationale, mettent une fois de plus toutes leurs ressources à contribution pour que les plus gros pollueurs puissent continuer leur business as usual, sans le bruit importun de citoyennes et de citoyens qui s’inquiètent pour leur avenir et celui de la planète!» Dans le cadre de la campagne Renovate Switzerland, elle avait, avec un autre camarade, aspergé de peinture (lavable) la façade d’une succursale d’UBS à Genève pour accuser la banque de ne pas rénover son parc immobilier. A noter que la société avait retiré sa plainte à la suite de la prise en charge des frais de nettoyage par les activistes qui, eux, ont de surcroît été placés en garde à vue pendant plus de 24 heures.
Surveillance disproportionnée
Plus largement, Act Now! dénonce la répression subie par les mouvements militants en Suisse et ailleurs. Le collectif cite notamment le «fichage» de nombreuses personnes d’Extinction Rebellion en 2023, ayant tracé des pistes cyclables à la peinture à Genève. La disproportion des mesures ordonnées par le Parquet est notamment relatée dans un article paru dans Le Temps, en février dernier. Plusieurs personnes ont été en effet surveillées de près pour une action pourtant pacifiste. Leurs activités bancaires et téléphoniques ont été relevées, et une enquête a même été menée auprès d’une compagnie aérienne pour savoir si les militants avaient pris l’avion... La pression et l’acharnement judiciaire, aux frais du contribuable, exercés à l’encontre d’activistes, font écho aux propos du rapporteur spécial des Nations Unies sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst: «La répression que subissent actuellement en Europe les défenseurs de l'environnement qui pratiquent la désobéissance civile pacifique est une menace majeure pour la démocratie et les droits de l'homme. L'urgence environnementale à laquelle nous devons faire face collectivement et que les scientifiques documentent depuis des décennies, ne sera pas possible si ceux qui tirent la sonnette d'alarme et exigent des actions sont criminalisés.» Selon ces mots, en préambule à un rapport paru l’an passé, «la seule réponse légitime à l'activisme environnemental pacifique et à la désobéissance civile est que les autorités, les médias et le public réalisent à quel point il est essentiel pour nous tous d’écouter ce que les défenseurs de l'environnement ont à dire».