Parlons salaires...

Demain, le Conseil des Etats discutera de la limitation des salaires des dirigeants des entreprises fédérales et de celles liées à la Confédération. En mars, le National avait suivi la demande d’une élue socialiste bâloise, exigeant la fin des rémunérations excessives dans ces sociétés. Susanne Leutenegger proposait que le salaire le plus élevé des membres de la direction de ces entreprises publiques ou appartenant à la Confédération ne dépasse pas celui d’un conseiller fédéral. Le Conseil national a chiffré cette limite à un million de francs. Selon l’ATS, cela correspondrait au salaire des ministres helvétiques qui toucheraient 445000 francs brut par année, plus une indemnité forfaitaire, la retraite et d’autres avantages. Les sociétés concernées sont les CFF, La Poste, Swisscom, RUAG, Skyguide, la SUVA et la SSR, ainsi que d’autres telles que Swissmedic ou les Ecoles polytechniques fédérales.

En août, la Commission des institutions politiques du Conseil des Etats a balayé d’un revers de main le projet du National. A l’exception d’une abstention, tous ses membres recommandent à leur Conseil de rejeter cette limitation de revenu, prétextant notamment que cela pourrait tirer vers le haut certaines rémunérations. En d’autres temps, la droite argumentait qu’il ne fallait pas brider les salaires des serviteurs de l’Etat afin de ne pas laisser s’échapper des talents alléchés par les millions de l’économie privée. Discours modifié, mais politique identique.

Dans les faits, c’est bien la volonté de ne pas limiter les salaires exorbitants des dirigeants de ces sociétés qui est à l’œuvre. Des revenus qui avaient défrayé la chronique et qui sont toujours hors-sol. Ainsi, en 2019, Andreas Meyer, directeur des CFF a touché 1,1 million de francs. En 2020, le directeur de Postfinance, Hansruedi Köng, approchait de la barre du million avec 970000 francs, alors que Roberto Cirillo de La Poste gagnait quelque 960000 francs. Quant au patron de Ruag International, il a touché un montant total de 900000 francs, et celui de la Suva près de 790000 francs, retraite comprise. Des chiffres qui ne sont pas sans rappeler le salaire de l’ancienne directrice de La Poste, Susanne Ruoff, qui frôlait le million en 2015, trois ans avant qu’elle ne soit contrainte de démissionner en raison du scandale de CarPostal qui avait révélé des manipulations comptables pour bénéficier de subventions.

A l’inverse de l’argumentation des sénateurs qui ne veulent pas tirer les rémunérations des cadres vers le haut, le patronat d’une branche tournant à plein régime malgré la pandémie, souhaite, lui, pousser les revenus vers le bas. Les entrepreneurs, au prétexte que certains salaires dans le domaine de la construction sont moins élevés que ceux des maçons, leur refusent toute hausse pour 2022. Pourtant, que ce soit dans le bâtiment, l’industrie ou le tertiaire, l’économie a retrouvé des couleurs et les adaptations salariales se font attendre depuis longtemps déjà. Cela sans compter les pressions et le stress du personnel. Même chose dans les soins où l’engagement des soignants pendant de longs mois attend toujours une véritable reconnaissance.

Pour parer la baisse du pouvoir d’achat et l’inflation de 1% annoncée, l’Union syndicale suisse exige 2% de hausse des salaires, et 100 francs au minimum pour les personnes à bas revenu, principalement des femmes. Ce ne sont pas des prétentions de millionnaires. Juste un peu d’équité pour les salariées et les salariés qui œuvrent à la bonne marche du pays et de la collectivité. Certes, le patronat ne l’entendra pas de cette oreille. A nous de le lui faire entendre lors de la journée de mobilisation annoncée pour fin octobre. Une lutte qui va de pair avec celle pour la défense de nos retraites. Retrouvons-nous déjà toutes et tous à Berne ce samedi!