Remettre l’ouvrage sur le métier…

Affiche en faveur du NON.
© Thierry Porchet

La campagne offensive et les arguments fallacieux des opposants au paquet d’aide aux médias ont fait mouche. Mais les syndicats ne baissent pas les bras.

Après le rejet du paquet d’aide aux médias le 13 février dernier, les syndicats appellent à des mesures cantonales et à un redimensionnement du soutien, plus que jamais nécessaire

Retour à la case départ pour le train de mesures en faveur des médias soumis au vote le 13 février dernier. Certains arguments ont fait mouche contre ce paquet essentiel pour la survie de nombreux journaux ou médias régionaux, mais par trop généreux pour certains gros éditeurs. Le paquet a été rejeté par 54,56% des votants. Cependant, toute la Suisse romande, hormis le Valais, a approuvé haut la main le projet. Avec des taux impressionnants dans les cantons du Jura (64,9%) et de Neuchâtel (63,1%), et des scores plus qu’honorable à Fribourg (57,4%), Vaud (57%) et Genève (56,7%). En Suisse alémanique, seuls Bâle-Ville (55,2%) et Uri (50,5%) ont donné leur aval au paquet d’aide voté par le Parlement en juin dernier et combattu par référendum.

L’Union syndicale suisse (USS), Syndicom et le Syndicat suisse des mass media (SSM) ont déploré le Non sorti des urnes. Cependant, ils sont fermement convaincus qu’un soutien étatique reste important pour la démocratie et le service public. Dans un communiqué commun, les syndicats estiment que «les médias et le journalisme indépendant ne doivent pas être abandonnés aux forces du marché. Sinon la tendance à la monopolisation et à l’uniformisation des médias suisses va se poursuivre. Des régions entières perdront leur couverture journalistique, et la suppression rampante d’emplois progressera». Les organisations syndicales exigent dès lors des solutions cantonales intermédiaires et une révision du projet afin de promouvoir les médias.

Solution politique à trouver urgemment

Les syndicats proposent de trouver de toute urgence une «solution politique», avec notamment une limite supérieure de tirages et des restrictions liées aux dividendes, ce que le Parlement n’avait pas retenu à l’heure des décisions. Ils demandent à ce que le rejet du projet n’affecte pas les conditions de travail du personnel, et ne conduise pas à une précarisation accrue de la branche. Les médias en ligne indépendants doivent aussi être soutenus rapidement par les pouvoirs publics, de même que le personnel de la distribution pour qui une protection par une convention collective de travail, telle que prévue dans le train de mesures, est revendiquée.

Au vu des résultats dans les cantons où domine l’acceptation du projet, l’USS, le SSM et Syndicom sollicitent les gouvernements cantonaux pour qu’ils promeuvent les médias sur leur territoire. «La population reste intéressée à des médias régionaux et locaux qui sont indépendants et variés», notent les syndicats invitant les cantons à s’engouffrer dans la brèche sans attendre un soutien fédéral.

Les organisations demandent encore que les aspects du projet non contestés soient rapidement mis en œuvre et que ce dernier, qui a pu paraître trop complexe et trop chargé, soit redimensionné.

Revendications pour l’avenir

Pour l’avenir, d’autres thèmes fondamentaux de la politique en matière de diffusion de l’information doivent être abordés dès maintenant, indiquent les syndicats. Et de lister les revendications: imposition des géants des technologies numériques tels que Facebook, Amazon, etc.; instauration d’une taxe publicitaire sur tous les supports s’appliquant aussi à ces géants pour financer le journalisme indépendant; soutien direct à tous types de supports dans le but de créer un «service public médiatique de base»; mise en place d’une autorité de surveillance et de contrôle forte et indépendante, pour analyser la couverture de toutes les régions du pays et proposer des mesures au Conseil fédéral là où elle ferait défaut.

Dernière exigence syndicale, celle d’instaurer une convention collective de travail pour les médias, qui serait une condition à l’octroi d’aides publiques pour les maisons de presse.