Santé à deux vitesses

Volonté de calmer les esprits? Ou réalité des chiffres? En cette année de pandémie, l’annonce d’une baisse des primes d’assurance maladie ne peut guère mieux tomber. En réalité, la minuscule diminution de 0,2% en moyenne n’allégera en rien le porte-monnaie des assurés. Le 0,2%, c’est 20 centimes pour 100 francs, ou 80 centimes pour une prime de 400 francs. Multipliée par deux pour un couple, sans compter les enfants, il n’y a pas de quoi partager une tisane sur une terrasse de café.

Certes, on peut se réjouir qu’une nouvelle hausse n’ait pas été à l’ordre du jour. Tant les primes maladie pèsent sur le budget des salariés. En moyenne, ces dix dernières années, elles ont augmenté de 2,4%, c’est-à-dire de presque 10 francs par an pour une prime d’environ 400 francs. La seule fois où il n’y a pas eu de hausse, les primes ont explosé les années suivantes. Cela ne se produira pas, a promis le ministre de la Santé, la semaine dernière lors de sa conférence de presse. A vérifier. D’autant que cette stagnation des primes serait due à une baisse des prestations médicales durant la pandémie d’un montant de 725 millions et à des gains boursiers de 370 millions réalisés par les assureurs… Des gains venant grossir les réserves indécentes et illégales des caisses. Même si l’une ou l’autre s’est engagée à en restituer une partie à leurs assurés, la grande majorité continue à thésauriser. Or, cet argent serait nécessaire tant pour diminuer les primes que pour renforcer un système de soins hospitaliers, à domicile ou dans les homes, complètement asphyxié.

Ces réserves s’élèvent à 12,4 milliards, dont plus de 6 milliards excédentaires. Malgré ces montants, appartenant aux assurés, Alain Berset a appelé à poursuivre les économies effectuées dans le système de santé. En écho, les deux associations faîtières des assurances invitent, elles aussi, à réformer le système pour «améliorer son efficience» et éviter, disent-elles, de nouvelles hausses des primes. Pensent-elles à ce projet issu de la droite à Berne qui prévoit, selon les mots de l’Union syndicale suisse, de «largement privatiser le secteur stationnaire des soins en obligeant les cantons à verser chaque année plus de 10 milliards de francs – jusqu’ici destinés aux hôpitaux – directement aux caisses maladie privées»? Ces plans funestes de désengagement de l’Etat rendront notre assurance maladie encore plus antisociale. Une assurance qui est déjà grevée par un problème de fond: celui d’une assurance publique obligatoire, gérée par une cinquantaine de caisses privées, motivées pour la plupart par le profit.

Poursuivre sur la voie des économies et de la privatisation aggravera la situation dramatique dans laquelle se trouve le personnel de la santé. Non seulement à cause du Covid-19, mais surtout en raison des restrictions budgétaires et des réorganisations mises en œuvre ces dernières années. Un personnel qui abandonne le terrain face à la dureté des conditions de travail. Burn-out, épuisement, dépression, anxiété sont au menu des soignants. Chaque année en Suisse, ils sont 2400 à quitter le secteur. Actuellement, quelque 15000 postes ne sont pas repourvus, renforçant encore la pression sur ces professionnels.

La santé est un droit. Pour les assurés, comme pour le personnel soignant. Avec des primes qui restent insupportables pour les salariés et un système sanitaire partant à vau-l’eau, la médecine à deux vitesses s’établit en force dans notre pays…