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Une boulangerie au goût amer

Vitrine d'une boulangerie avec reflet d'un drapeau Unia.
© Thierry Porchet

Devant la succursale de la boulangerie Le Fournil de Pierre, à La Chaux-de-Fonds, le 7 mars, Unia a dénoncé les pratiques managériales de la direction. Le syndicat demande le respect de la CCT, du droit du travail et du partenariat social.

Unia a manifesté devant la gare de La Chaux-de-Fonds pour dénoncer la gestion calamiteuse du Fournil de Pierre depuis plus de vingt ans.

Pour la énième fois, Unia Neuchâtel témoigne des conditions de travail inacceptables qui ont cours dans les huit enseignes, présentes dans la région, de la boulangerie Le Fournil de Pierre. Le syndicat dénonce «les agissements intolérables du propriétaire» et, sans entrer dans le détail des cas individuels, son «management abusif». «Cela fait 22 ans que nous recueillons des témoignages de salariés. Une cinquantaine de cas au moins pour ceux qui nous ont été annoncés et, rien que ces derniers mois, une dizaine», explique David Taillard, responsable du secteur tertiaire d’Unia Neuchâtel. L’action syndicale a eu pour objectif, le 7 mars dernier, de dénoncer publiquement ces abus et d’exiger des changements concrets dans la gestion des relations de travail au sein du Fournil de Pierre. 

Personnel démuni
«Les employés sont souvent si précaires qu’il est impossible pour eux de se confronter directement et collectivement à leur employeur, explique David Taillard. Le syndicat n’a pas d’autre choix que de jouer aux pompiers en traitant les situations individuellement. De nombreuses procédures de conciliation ont eu lieu. Mais en ce moment, nous sommes face à des cas plus graves…» Le secrétaire syndical ajoute: «Or, il apparaît qu’aucun outil législatif ne permet d’intervenir rapidement pour mettre un terme à cette situation, du moins tant qu’aucun jugement n’aura été prononcé.» 
Concrètement, le syndicat décrit les pressions faites aux employés que le patron souhaite voir démissionner, le non-versement d’indemnités perte de gain lors de maladie ou encore «un système de gouvernance basé sur le diktat, le détournement de certains revenus du personnel via des décomptes ubuesques et le paiement habituel du salaire avec une latence de 45 jours». 
Une situation qui aurait cours depuis la création de la boulangerie en 2003. En 2007, Unia avait déjà dénoncé les agissements de l’employeur. Celui-ci avait alors déposé une plainte pénale pour diffamation, calomnie et violation de domicile. En 2009, Unia était acquitté. 
«Quand le tribunal nous a donné raison, la situation s’est un peu améliorée, avec des discussions en direct avec l’employeur, puis par des conciliations. Mais ces dernières années, elle n’a fait qu’empirer et le dialogue avec l’employeur est devenu impossible», soupire David Taillard. Celui-ci indique que le personnel a continué à se rapprocher du syndicat, dénonçant des situations dont la gravité tend à s’intensifier. «A l’heure actuelle, plusieurs dossiers sont en cours, dont quatre en instruction et deux revêtant en outre un caractère pénal. D'autres conciliations auront lieu ces prochains mois.»

Pour un dialogue social
«Le patron ne respecte pas le cadre légal – il l’a d’ailleurs avoué dans les médias en 2023 – et le patronat ne réagit pas face à cette concurrence déloyale. C’est totalement ahurissant», renchérit Benjamin Plüss, secrétaire syndical en charge de la branche à Unia Neuchâtel. Dans un communiqué, le syndicat détaille un schéma qui se répète: «L’employeur reconnaît ses torts lors de la phase introductive de la procédure et trouve des accords à cette occasion avec les employés lésés, ce qui n'engendre ainsi pas de jugement», mais sans rien changer ensuite à sa manière de faire. Or, «aucun outil n'existe en Suisse pour limiter les abus tant qu'il n'y a pas de condamnation d'un tribunal», explique Unia. Face à cette situation «devenue incontrôlable», le syndicat demande aux autorités d’agir. II appelle aussi la population à soutenir «le personnel, ancien, actuel et futur du Fournil de Pierre» et à «exiger un changement profond des pratiques de l’entreprise». Enfin, il demande à l'employeur de revoir sa gouvernance, principalement en engageant une personne compétente en ressources humaines pour permettre un dialogue social réel entre l’entreprise et les salariés; de prendre ses responsabilités en garantissant des conditions de travail adéquates et de respecter les droits des travailleuses et des travailleurs. Or, comme le dénonce David Taillard, «plutôt que de favoriser des échanges sains et constructifs, l’employeur a préféré, une nouvelle fois, déposer une plainte pénale à la suite de la manifestation organisée par Unia».

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