«Une treizième rente me donnerait de l’air»

Rassemblant la gauche et les syndicats, le comité unitaire genevois en faveur de la 13e rente AVS a souligné qu’en raison de la hausse du coût de la vie, de plus en plus de personnes à la retraite se trouvent en situation de pauvreté.
© Olivier Vogelsang

Rassemblant la gauche et les syndicats, le comité unitaire genevois en faveur de la 13e rente AVS a souligné qu’en raison de la hausse du coût de la vie, de plus en plus de personnes à la retraite se trouvent en situation de pauvreté.

Le comité unitaire genevois en faveur de l’AVS x13 a lancé sa campagne la semaine dernière en rappelant que toutes les personnes à la retraite ne roulent pas sur l’or

Rassemblant la gauche et les syndicats, le comité unitaire genevois en faveur de la 13e rente AVS a lancé sa campagne la semaine dernière, en signalant qu’avec la hausse du coût de la vie, de plus en plus de personnes à la retraite sont en situation de pauvreté. «Si l’on en croit certains articles publiés dans les journaux, les retraités vivraient plutôt bien… le taux de pauvreté est pourtant élevé dans cette catégorie de la population», met en garde Helena Verissimo de Freitas, secrétaire régionale adjointe d’Unia Genève.

Selon une étude de Pro Senectute datant de 2022, 13,9% des plus de 65 ans, soit environ 200000 personnes, vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté, soit moins de 2300 francs pour une personne seule. «Ce taux atteint 15,9% à Genève», précise René-Simon Meyer au nom de l’Avivo, l’association de défense des retraités. S’y ajoutent celles et ceux qui, guère mieux lotis, se situent juste au-dessus du seuil, soit quelque 100000 personnes qui peinent également à joindre les deux bouts. «Nombreux sont contraints de partir vivre à l’étranger et, pour beaucoup d’entre eux, c’est un déchirement de se séparer de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Il n’est pas acceptable que des gens qui ont travaillé toute leur vie doivent quitter la Suisse.»

«L’octroi d’une 13e rente relève de la plus élémentaire justice sociale», souligne Jocelyne Haller, ancienne assistante sociale et députée d’Ensemble à gauche, par ailleurs militante d’Unia. «Cette rente supplémentaire compenserait à peine la hausse du coût de la vie depuis 2021. Et il faut rappeler que, d’après la Constitution fédérale, les rentes doivent permettre de maintenir un niveau de vie approprié. Or, pour la moitié des personnes à la retraite, les rentes AVS et du 2e pilier sont inférieures aux minima sociaux.»

«Une 13e rente me donnerait de l’air, car aujourd’hui, je me démène tant bien que mal pour m’en sortir. Je gagne environ 1600 francs de rente par mois et je ne peux pas faire face aux imprévus», témoigne Sergio Prat, reprographe retraité et conseiller municipal socialiste à Onex.

Sergio Prat

«Pourquoi on doit se serrer la ceinture?»

«On ne parle guère d’égalité dans cette campagne», pointe Thérèse Thévenaz du collectif Grève féministe. «Un quart des femmes retraitées n’ont que l’AVS pour vivre. Elles n’ont pas de quoi se payer un café et doivent compter sur la charité. Tout ça parce que leur parcours professionnel a été entrecoupé ou interrompu.»

«Avec l’AVS et le 2e pilier, j’ai 4200 francs de retraite, lorsque mes factures sont payées, il ne me reste que 600 à 800 francs pour vivre, mais j’ai des copines qui ont encore moins. Nous devons tout calculer. J’ai 2500 francs d’économies à la banque et s’il m’arrive un pépin, je n’ai plus rien, explique Henriette Stebler, institutrice à la retraite. J’ai toujours travaillé, j’ai élevé mes trois enfants, j’ai été proche aidante pour mon compagnon et mon frère, je me disais qu’à la retraite, j’allais faire ce que je voulais… C’est bien triste, on ne devrait plus parler de sous à la retraite; il nous reste dix ou vingt ans à vivre, pourquoi on doit se serrer la ceinture alors que les banques sont pleines à craquer?»

«On aurait de quoi doubler les rentes AVS»

Pour le président de la Communauté genevoise d’action syndicale, Davide De Filippo, la droite patronale tient un double discours: «Quand on nous dit qu’il faudra augmenter les cotisations sociales pour financer la 13e rente et que cela constitue une baisse de revenu pour les salariés, on oublie de mentionner que les employeurs paient la moitié de ces cotisations. Les entreprises ont parfaitement les moyens d’augmenter les cotisations AVS, les bénéfices ne cessent de progresser alors que l’imposition, elle, continue à baisser. Et sur le 2e pilier, on n’entend plus les patrons: nous allons voter cette année sur le projet LPP21 qui prévoit pourtant une augmentation massive des cotisations, mais là, cela ne leur pose pas de problème. Parce que l’argent ne va pas dans les mêmes poches. L’AVS, c’est 36 milliards de cotisations, la LPP, c’est 63 milliards et, avec les apports de libre passage, en gros 100 milliards pour les caisses privées. Auxquels il faut ajouter une réserve de 1000 milliards, alors qu’elle ne se monte qu’à 50 milliards pour l’AVS. Si on versait tout ce qu’on met dans la LPP dans le 1er pilier, on aurait largement de quoi doubler les rentes AVS afin que chacun puisse vivre dignement de sa retraite.»