Valais: une fête au vert

1er Mai au Valais. Enfants jouant dans un parc.
© Aline Andrey

Plus d’une centaine de personnes étaient présentes à Sion pour écouter les discours des syndicats et du parti socialiste, se restaurer, dialoguer et danser…

«L’appel du 1er Mai dépasse nos frontières, car pris dans des conflits, nombre de nos collègues se battent pour leur survie, la paix, le droit à l’éducation, à l’accès au travail. Une paix universelle et durable n’est envisageable que sur la base de la justice sociale: ce principe figure dans le préambule de la création de l’OIT.» C’est par cet élan de solidarité que Francine Zufferey, présidente de l’Union syndicale valaisanne (USVs) et secrétaire syndicale d’Unia Valais, a introduit les discours du 1er Mai à Sion. Dans la verdure du couvert des Iles, lieu privilégié lorsque la fête des travailleuses et des travailleurs tombe un dimanche, plus d’une centaine de personnes étaient présentes à la mi-journée pour écouter les discours, goûter aux spécialités culinaires de l’association Rajo («espoir» en somali) qui soutient des projets locaux en Somalie, avant de danser sur les airs du groupe The Soul’d Out.

Le conseiller d’Etat Mathias Reynard, ancien président de l’USVs, a convoqué le passé en replongeant dans le journal Le peuple valaisan du 1er mai 1927 où il était écrit en substance, qu’il fallait savoir examiner la besogne accomplie, en distinguer les erreurs et se préparer à les corriger, ainsi que déterminer «la tâche immense que les organisations ouvrières ont encore à accomplir pour atteindre l’idéal de paix, de solidarité et de bonheur pour chacun». Près d’un siècle plus tard, ce sont les valeurs de paix, de liberté et de solidarité qui résonnent d’autant plus fort que la crise ukrainienne est à nos portes. Comme l’a expliqué le socialiste, «la Suisse et le Valais doivent être à la hauteur de leur tradition humanitaire». Et d’énumérer l’accueil de quelque 1500 personnes dans le canton, dont une majorité de femmes et d’enfants, mais aussi l’importance de l’égalité de traitement avec les autres personnes «fuyant la guerre ou la pauvreté». «L’exil est toujours un déracinement. Les syndicats le savent, car ils sont étroitement liés aux migrations italiennes, espagnoles, portugaises, balkaniques…» L’occasion pour Mathias Reynard de revenir sur les avancées sociales pour lesquelles il s’est battu telles que l’augmentation du fonds pour les familles et des subventions à l’assurance maladie, ou encore une hausse de 1000 francs par an pour le personnel soignant de l’Hôpital du Valais… Il a évoqué aussi les luttes à venir telles que l’introduction d’un badge électronique pour combattre le travail au noir, l’élaboration d’une CCT pour les employés des EMS et des CMS, et l’augmentation des allocations familiales...

Le conseiller national, Emmanuel Amoos, a ensuite évoqué le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes, l’opposition à AVS21, au «projet immonde LPP21» et à celui intolérable de l’abolition de l’impôt anticipé…

Après le repas, Blaise Carron, secrétaire régional d’Unia Valais, a rappelé que la pandémie a encore empiré la situation des travailleuses et des travailleurs notamment dans le secteur des services comme l’hôtellerie-restauration ou les travailleurs de plateforme. Citant Marx – «L’histoire ne fait rien, c’est l’homme, réel et vivant, qui fait tout» – il a appelé à «dépasser l’ordre du constat et ne pas attendre que la situation devienne plus favorable au monde du travail naturellement…» Et d’inviter «ses chères et chers camarades à accompagner nos collègues maçons le 25 juin à Zurich», à se mobiliser pour une 13e rente AVS et à renforcer le premier pilier avec une partie des milliards de bénéfices annuels de la BNS. La présidente du personnel des locomotives SEV, Hanny Weissmüller, a quant à elle vilipendé les économies qui se font «sur le dos des employés» et non des actionnaires. Elle a appelé aussi à «des idées innovatrices» pour construire une Suisse qui puisse «de nouveau être fière d’un système qui assure la sécurité financière de chaque citoyen».

Deux militants d’Unia Valais témoignent

Dominique Magliano, plâtrier-peintre:

«Le 1er Mai est une fête importante, qui nous permet de nous rencontrer entre syndicats, de nous unir, pour faire passer nos messages aux politiques. En ce qui concerne le second œuvre, je dois rappeler que nous n’avons pas connu de hausse de salaire depuis dix ans, alors que le coût de la vie augmente, qu’on travaille de plus en plus, et de plus en plus vite, avec toujours plus de pression. Or, le syndicat est très important, car c’est seulement grâce aux luttes que les choses peuvent changer. Les améliorations, comme certains le pensent, ne sont jamais obtenues automatiquement. C’est toute une histoire de négociations avec le patronat qui, en ce moment, prend pour excuse le coût des matières premières, pour ne pas augmenter les salaires. L’important, c’est que les travailleuses et les travailleurs se syndiquent en masse, pour avoir plus de pouvoir et de crédibilité.»


Federico Napoli, architecte:

«Ce 1er Mai a un goût particulier car, après deux ans de pandémie, on peut enfin se réunir comme on veut. C’est important de poursuivre les luttes syndicales et de transmettre aux jeunes générations des valeurs, telles que la liberté d’expression, de réunion, ou encore la solidarité envers les peuples victimes de la guerre, entre syndicats et entre les travailleuses et les travailleurs. Le dialogue entre nous tous est essentiel pour discuter d’un futur très incertain en ce moment. Entre autres combats, le 14 juin, il faudra répéter que l’égalité doit être enfin respectée. Je crois aussi que le nombre d’heures de travail doit diminuer, pour réduire les maladies et les burn-out.»