Voies d’harmonie

Portrait de Claude Bongard.
© Thierry Porchet

Claude Bongard présente l’envers d’un de ses tambours chamaniques. L’artisan d’art intègre volontiers dans ses créations des symboles spirituels issus de croyances et religions diverses.

Ebéniste d’art et accompagnateur spirituel et émotionnel, Claude Bongard chemine sur la voie de la paix intérieure. Itinéraire au tracé pluriel

C’est une personne aux racines et aux passions composites. Un homme originaire de Corée qui fabrique aussi bien des cuillères à crème de Gruyère traditionnelles que des attrape-rêves, des tableaux veinés de fil d’or et des tambours de cérémonie. Un guide qui pratique le chamanisme comme il s’inspire dans sa vie du Wabi-sabi, dérivé de principes bouddhistes zen et du taoïsme. C’est aussi un biker, ancien champion de billard et adepte des arts martiaux, qui a pagayé dans les rivières en kayak et s’est baladé avec des chiens de traîneau. Et un féru de musique metal qui alterne volontiers avec des chants de méditation... A 48 ans, Claude Bongard, divorcé et père de deux enfants de 16 et 19 ans, semble avoir déjà vécu plusieurs vies. Par la diversité de ses centres d’intérêt comme de ses activités professionnelles. Et cela alors même que son physique contribue encore à brouiller les pistes, le Fribourgeois ressemblant autant à un Amérindien qu’à un Asiatique ou à un Esquimau – il a d’ailleurs joué récemment le rôle d’un figurant inuit dans une fiction de Canal+.

La langue du bois

Fils adoptif d’un menuisier, Claude Bongard grandit à Villarvolard, dans une atmosphère de copeaux et de sciure. Et son amour de la forêt et de la nature avoisinante le pousse à effectuer une formation d’ébéniste. «J’ai toujours eu un lien très fort avec le bois. J’aime son odeur, sa chaleur, sa texture. Il me parle, dans un certain sens», explique le passionné rencontré dans son atelier. A 23 ans, CFC en poche, le jeune homme d’alors se met à son compte. A l’époque, il entend coupler sa passion pour le billard avec son métier. «J’avais décroché différents titres au niveau suisse. Je rêvais de devenir un joueur professionnel et de pouvoir dégager du temps dans ce but.» Une ambition à laquelle il finira toutefois par renoncer.

Actif sur divers chantiers, Claude Bongard décide par la suite de créer une entreprise et engage six employés. L’équipe œuvre dans le haut de gamme et travaille alors essentiellement pour des clients milliardaires. Plusieurs années se déroulent avant que la Lex Weber, adoptée en 2012 et limitant le nombre de résidences secondaires, mette un frein brutal à l’activité. «Cette votation, avec le départ des grosses fortunes, m’a mis sur la paille. J’ai dû licencier tout le personnel.» Si ce coup du sort d’abord le révolte, Claude Bongard y voit ensuite une occasion de se consacrer entièrement au volet artistique de son travail et à son cheminement intérieur, entrant en résonance avec ses créations.

Emotion indescriptible

La voie spirituelle embrassée par l’artisan puise à différentes sources et échanges avec des maîtres. Elle se mâtine de préceptes appris dans les arts martiaux, fondés sur l’équilibre du corps et de l’esprit. La pratique chamanique est, elle, intuitive, nourrie de rencontres et de relations privilégiées avec la nature, empreintes de respect. A chaque fois que cet homme solitaire bien que sociable prélève du bois dans la forêt, il en demande mentalement la permission. Il intègre également dans ses œuvres des principes du Kintsugi. Cette méthode japonaise se fonde sur la réparation de porcelaines brisées. Le Fribourgeois recycle pour sa part d’anciennes poutres pour certaines de ses créations, dans un esprit similaire et conscient de la portée métaphorique de cet art ancestral, parlant de résilience... Cette quête s’est ancrée dans la vie de Claude Bongard à la suite, il y a une quinzaine d’années, de son divorce, «réveillant la blessure de l’adoption et un sentiment d’abandon». «C’est là que s’est produit le déclic», raconte celui qui a alors recherché et retrouvé ses parents biologiques. «Le voyage le plus important de ma vie. Une émotion indescriptible. Au décès de mon père, ma mère, seule avec trois enfants et sans travail, a jugé préférable de me confier à une famille. Je suis en paix avec cette situation. Je ne ressens aucune colère», précise Claude Bongard qui, à travers ses prestations d’accompagnement spirituel et émotionnel, fait profiter de son expérience des personnes concernées par ce genre de situation. «Des parents qui souhaitent adopter me demandent conseil. J’en épaule d’autres qui rencontrent des problèmes avec l’enfant accueilli. Les 80% des enfants adoptés passent par la case dépression, 50% par des tentatives de suicide.» Le guide aide aussi des personnes en fin de vie et tout un chacun le sollicitant.

Triangle maléfique

«Même des psychiatres me contactent», affirme Claude Bongard, avec un sourire dont il ne se départira pas tout au long de l’entrevue et un calme, une sérénité rayonnants. Ses connaissances chamaniques, mais aussi la sagesse acquise au contact de différents enseignements, le conduisent encore à organiser des cérémonies avec des cercles d’intéressés notamment durant les solstices et les équinoxes. Autant d’activités qui se passent de publicité, fonctionnant sur le mode du bouche à oreille.

«Le pire cancer de l’humanité, c’est l’ego et ses lieutenants, la colère et la peur, un triangle maléfique. Il est nécessaire d’accueillir ces émotions, de les identifier, sans se laisser dominer par elles», préconise le guide, en appelant à l’amour, à la sagesse et à la vérité. A l’importance de vivre le moment présent. «Ce n’est pas simple, mais à force de pratique, on y parvient.» Et ce indifféremment des croyances auxquelles on se réfère, «du moment qu’elles vous rendent meilleur». Heureux, manifestant gratitude et bienveillance envers la vie, armé d’un superpouvoir, le rire, Claude Bongard ne nourrit aucun regret: «Tout ce que j’ai entrepris converge dans un même but d’harmonie. Tout ce qui m’est arrivé fait sens, y compris les épreuves qui m’ont forgé. Je ne changerais rien.» On comprend dès lors qu’il ne recourt pas à ses attrape-rêves. Selon, les croyances ces objets doivent être placés vers le soleil levant, afin que les premiers rayons brûlent les mauvais songes. «Je n’en ai pas besoin pour ma part. Je suis en paix.»

Claude Bongard expose ses œuvres jusqu’au 22 mai prochain à la Galerie BiseArt, rue des Granges 16, à Estavayer-le-Lac.

Portrait de Claude Bongard.