«C’est une victoire d’étape pour les carrossiers romands!»

Deux voitures dans un garage.
© Olivier Vogelsang

La convention antérieure ne touchait que la Suisse alémanique, le Tessin et Genève. Le nouvel accord a été étendu aux cantons du Valais, de Vaud, de Fribourg et de Neuchâtel et concerne quelque 5000 salariés.

Avec un élargissement en Romandie, la CCT de la branche couvrira pratiquement toute la Suisse. Des améliorations et une hausse générale de salaires ont été obtenues

C’est une très bonne nouvelle pour tous les salariés des carrosseries du pays: la Convention collective de travail (CCT) de la branche, arrivant prochainement à échéance, a été renégociée l’année dernière et son entrée en vigueur est prévue au 1er juillet 2022. Les carrossiers jurassiens et du Jura bernois sont couverts par la CCT locale des garages. Partout ailleurs, le nouveau texte, en attente de sa déclaration de force obligatoire, s’appliquera. Quelque 5000 salariés sont concernés. Jusque-là, la CCT ne touchait que la Suisse alémanique, le Tessin et Genève, ce dernier canton disposant en outre d’une annexe salariale. Les Valaisans, Vaudois, Fribourgeois et Neuchâtelois seront désormais soumis à cet accord introduisant de nombreux avantages pour les travailleurs. Des acquis dus à la ténacité de la délégation syndicale aux négociations, dont font partie le nouveau responsable national Unia de la carrosserie, Yannick Egger, et le syndicaliste représentant les travailleurs de Suisse romande, Serge Aymon d’Unia Valais, canton qui ne disposait jusque-là d’aucune convention pour la branche.

Temps de travail à 41 ou 42 heures

«Cet accord a le mérite de mettre pratiquement tout le monde sous le même toit. Dans les carrosseries indépendantes, le travail à rallonge est fréquent. Les 45 heures par semaine ne font pas exception. Cette CCT permettra d’encadrer la durée du travail au profit des employés. Elle fixe aussi des salaires minimums qui permettent de sortir de la zone rouge des rémunérations au-dessous de 4000 francs», explique Yannick Egger. Ainsi, le temps de travail est fixé à 41 heures par semaine pour les salariés prenant 4 semaines de vacances et à 42 heures pour ceux optant pour 5 semaines de congé. La durée du travail est toutefois annualisée, dans les limites prescrites par la Loi sur le travail, afin de pouvoir répondre aux grosses fluctuations dues par exemple à de fortes averses de grêle.

Salaires minimums au-dessus de 4000 francs

Les salaires minimums sont à la hausse, à l’exception de Genève où l’annexe à la CCT fixe déjà des rémunérations plus élevées. Outre Genève, la nouvelle convention comprend un autre barème pour le Tessin et un troisième pour le reste de la Suisse. Dans ces deux zones, les minimums sont augmentés avec plus 350 francs pour les non-qualifiés (fin des minimums en dessous de 4000 francs) et plus 250 francs pour les qualifiés (4700 francs deux ans après le CFC). Et ce n’est pas tout! Les négociateurs du syndicat ont obtenu une hausse générale des salaires de 60 francs pour les carrossiers touchant jusqu’à 6300 francs par mois. A Genève, cette augmentation générale est de 50 francs. Elle est due depuis le 1er janvier pour tous, sans plafonnement. «Presque la totalité de nos membres vont être augmentés», souligne Yannick Egger.

Congé paternité payé à 90%

Parmi les autres améliorations, remarquons l’introduction du congé paternité de 10 jours payés à 90% (10% de plus que la législation fédérale), le passage de 2 à 3 jours de formation payés, ainsi qu’un délai de licenciement de 4 mois pour les travailleurs de plus de 58 ans. Les employeurs acceptent également que soit effectuée une étude de faisabilité pour l’introduction de la retraite anticipée. Les amendes pour le travail au noir seront quant à elles doublées, passant de 5000 à 10000 francs.

«Nous avons aussi obtenu une reconnaissance des qualifications acquises à l’étranger. Ce qui permettra d’éviter la sous-enchère pratiquée au Tessin notamment par des employeurs engageant des carrossiers italiens avec 20 ans de carrière pour moins de 4000 francs.» Le syndicaliste se réjouit également qu’avec des salaires décents à la sortie de l’apprentissage, la branche pourra faire face à la pénurie d’apprentis et augmenter son attractivité. «Le seul moyen pour cela, était de mettre à niveau cette CCT», note Yannick Egger. Une mise à niveau plutôt réussie? «Oui, c’est une victoire d’étape pour les carrossiers et toute la branche, répond-il avec une grande modestie. L’extension de la convention en Suisse romande constitue une première avancée. Unia ira informer les travailleurs des carrosseries de leurs nouveaux droits. Nous les invitons d’ores et déjà à rejoindre le syndicat pour s’organiser en vue de la suite».