Fleuron industriel de Monthey, Djeva ferme ses portes

Unia accompagne les douze derniers salariés de cette société spécialisée dans la fabrication de pierres de synthèse créée en 1914

A Monthey, Djeva Production, société spécialisée dans la fabrication de pierres de synthèse destinées à l’industrie et à la bijouterie, ferme ses portes. C’est une aventure industrielle de plus d’un siècle qui s’achève.

Djeva est le diminutif de Hrand Djevahirdjian. Comme l’indique sa notice dans le Dictionnaire historique de la Suisse, cet Arménien, né en 1880 et installé à Paris, est un pionnier dans la production industrielle de cristaux de synthèse remplaçant les coûteux rubis naturels utilisés en horlogerie. Recourant au procédé inventé par le professeur Auguste Verneuil, l’entrepreneur ouvre ses premiers ateliers en 1905 dans la région lyonnaise. En 1914, il décide de s’installer à Monthey, où il trouve les énergies nécessaires (gaz, eau, électricité) pour alimenter les chalumeaux spéciaux d’Auguste Verneuil. En 1947, lorsque Hrand Djevahirdjian décède, c’est son neveu Vahan qui reprend les rênes de l’entreprise, puis, en 1992, la fille de celui-ci. Dans les années 1960, la fabrique valaisanne livrera les premiers rubis spéciaux pour lasers. Les meilleures années, Djeva emploiera plus de cent collaborateurs sur le site. Dans les années 2010, face à la concurrence de nouveaux acteurs, la société connaît cependant des difficultés, plusieurs restructurations et licenciements collectifs sont opérés. Début 2020, l’usine est à l’arrêt lorsqu’elle est cédée à un homme d’affaires russe. Elle n’a pas redémarré depuis.

En fin de course...

La fermeture de Djeva laisse douze salariés sur le carreau. Unia les accompagne dans ce moment difficile. «Le personnel a élaboré des propositions pour maintenir les emplois et l’activité et, parallèlement, nous avons déposé une demande de négociation d’un plan social», explique Blaise Carron, secrétaire régional d’Unia Valais. Les espoirs sont toutefois minces, l’entreprise étant véritablement en fin de course.

«C’est un pan de l’histoire industrielle de Monthey qui risque de disparaître et un nouveau coup dur pour les emplois dans le Chablais. En un mois, près de cent emplois industriels ont été perdus dans la région», déplore le responsable syndical. Au début du mois de juillet, Sanaro, entreprise active dans la production de compléments alimentaires et d'édulcorants située à Vouvry, a en effet confirmé sa fermeture pour le printemps prochain: 80 employés sont touchés.

Blaise Carron appelle d’ores et déjà les employeurs à étudier avec bienveillance les demandes d’emploi spontanées du personnel de Djeva qui pourraient leur parvenir: «De par leur expérience et leur savoir-faire, les salariés de cette société peuvent évoluer très rapidement dans toute entreprise industrielle.»