Focus sur le groupe Migration d’Unia Neuchâtel

Livres de la bibliothèque.
© Thierry Porchet

L’information se partage, également à travers la nouvelle bibliothèque thématique inaugurée le 1er Mai dernier.

L’action syndicale dans ce qu’elle a de plus humaniste: tel est sans doute le propos du groupe Migration, animé par la secrétaire syndicale Derya Dursun

Comme au niveau national, Unia Neuchâtel compte quatre groupes d’intérêts (GI), qui s’adressent respectivement aux femmes, à la jeunesse, aux retraités et aux migrants. Le GI Migration du canton, fort d’un comité de 18 membres actifs et de nombreux soutiens, tenait tout récemment une rencontre importante à Fleurier. Les absents étaient nombreux, mais la cause le valait bien: une manifestation de soutien aux travailleurs de Colombie, le même jour à Zurich.

Derya Dursun, secrétaire syndicale, anime ce groupe d’intérêts dont l’activité d’information est primordiale. «A travers des conférences et des sessions de formation, nous détaillons en particulier la législation helvétique, des divers permis de séjour aux assurances, en passant par le Droit des étrangers et celui du travail. Plus généralement, nous abordons la lutte des classes, l’organisation syndicale, les thèmes actuels et les campagnes à venir.»

En informant au mieux les migrants, le syndicat promeut leur défense et les incite à l’action syndicale. «Nous les exhortons à voter dès qu’ils le peuvent.»

Un outil et un symbole

Le 1er Mai dernier, ce GI Migration inaugurait à Fleurier une bibliothèque thématique. Un outil syndical de base, mais tout un symbole aussi, dans un Val-de-Travers privé de bibliothèque publique.

Derya Dursun: «Avec un millier d’ouvrages déjà répertoriés, nous tenons là une proposition humble mais importante de partage de l’information. Notre salle est grande, les livres l’habillent et incitent nos membres à se renseigner individuellement sur les questions qui les touchent de près.»

Ouverte durant les horaires d’accueil du secrétariat (lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9h30 à 12h, mardi également de 15h à 17h30), ainsi que durant les rencontres organisées sur place, cette bibliothèque est centrée sur l’histoire du mouvement ouvrier, des mobilisations populaires, de l’organisation générale du travail. Toutes les révolutions y ont leur place, ainsi que les différents courants marxiens, anarchistes et autres. «La plupart des ouvrages sont historiques, sociologiques ou philosophiques; nous ne recherchons pas vraiment les romans. Mais il ne faut pas nier que certains bons romans permettent aussi de comprendre l’Histoire et l’évolution de la société.»

Bienvenus

S’ils appartiennent aux genres cités, les ouvrages en toute langue sont bienvenus, pour enrichir la bibliothèque du GI Migration. On les apportera sur place durant les horaires mentionnés. Deux réparateurs se chargeront de les renforcer avant de les répertorier.

«Les migrants sont mieux accueillis ici»

Portrait d'Oxana.Arrivée en Suisse en 2013, en provenance de Moscou, Oxana s’est syndiquée voici trois ans, avant d’intégrer en 2020 le groupe d’intérêts Migration. «Lorsqu’on ne connaît ni la langue ni les usages d’un pays, on s’y sent rapidement perdu, effrayé. L’encadrement des migrants par le syndicat est donc très précieux, pour faire connaître aux arrivants leurs droits et leurs devoirs, les démarches à entreprendre pour s’intégrer, les propositions à refuser pour éviter le dumping salarial et la dégradation des conditions générales de travail.»

En Suisse, où sa fille va naître bientôt, Oxana souligne que les femmes enceintes et les travailleurs en général sont moins bien protégés qu’en Russie. «En revanche, les migrants y sont nettement mieux accueillis», ajoute-t-elle, en saluant notamment l’ouverture à l’école de classes d’accueil qui permettent aux élèves allophones de rapidement s’intégrer au cursus. «En Russie, les arrivants sont livrés à eux-mêmes, y compris lorsqu’ils proviennent d’Etats limitrophes.»

Dans son pays d’adoption, outre une aide concrète aux nouveaux arrivants, Oxana entend bien participer notamment à la lutte pour l’égalité salariale entre femmes et hommes.


«Les conditions se sont durcies»

Portrait de Carlos.Aux yeux de Carlos, qui œuvre en son sein depuis une dizaine d’années, l’action du GI Migration est également très importante. Même en arrivant d’un pays aussi proche que le Portugal, il a bel et bien connu les difficultés de ces travailleurs perdus dans un système dont ils ne connaissent aucun rouage. «Le groupe d’intérêts peut non seulement défendre en haut lieu les intérêts des migrants, mais il leur apporte aussi, personnellement et concrètement, les bonnes informations; il répond précisément à leurs questions et les assiste dans leurs efforts d’intégration.» Ce GI, Carlos l’estime d’autant plus précieux qu’il l’affirme: les conditions sont devenues plus dures, les exigences plus élevées et les restrictions plus nombreuses, depuis son arrivée en Suisse en 2007.

Pour les migrants comme pour tous les travailleurs, l’engagement syndical souffre d’une peur croissante de perdre son emploi. «Or, Unia a besoin, plus que jamais, d’une importante représentativité. De même, les migrants ont besoin d’un syndicat fort; car il faut le savoir, les discriminations liées à l’origine perdurent, même lorsqu’on obtient la nationalité suisse…»

Quelque 45000 participants à la Journée des réfugiés

Neuchâtel accueillera dans quelques jours près de 45000 âmes: les victimes de ces dernières années, parmi les migrants pour qui l’Europe était le seul espoir…

Pour marquer la Journée mondiale des réfugiés - célébrée le 20 juin depuis deux décennies -, le groupe d’intérêts Migration d’Unia Neuchâtel s’investira les 19 et 20 juin prochains dans la capitale cantonale. Stands et festivités ayant été interdits pour cause de pandémie, c’est en début de soirée que débutera l’action visant à rappeler que la migration n’est ni une invasion, ni un péril; elle est à la fois source d’espérance pour les uns, d’enrichissement culturel, social et humain pour tous.

Une nouvelle fois, le GI Migration fera œuvre de mémoire. Les chiffres émeuvent certes la population par l’importance numérique des victimes mortes aux portes de l’Europe. Mais les chiffres n’ont ni corps ni visage, ils tombent rapidement dans l’oubli qu’engendre naturellement l’avalanche ininterrompue d’informations. Aussi importe-t-il de rendre à ces victimes leur identité humaine; dans ce but, les membres du GI Migration liront samedi soir une liste terrifiante: les noms, prénoms, âges et causes du décès de quelque 45000 enfants, femmes, hommes qui ont perdu la vie sur la route d’un continent où ils espéraient simplement pouvoir vivre, travailler, s’aimer et se construire. En plein air, sur la passerelle de l’Utopie, les voix du syndicat rendront hommage à des êtres humains disparus alors qu’ils fuyaient la guerre, la misère, les persécutions, le désespoir.

Derya Dursun: «L’année dernière, nous étions plusieurs à faire cette lecture publique à haute voix. L’émotion nous interrompait souvent. Une telle liste devient illisible, lorsqu’on y découvre qu’une famille entière a trouvé la mort en mer, que des enfants ont perdu leurs parents, ou inversement.»

A ces dizaines de milliers de victimes, Unia entend donner également une visibilité plus durable et concrète: devant le Temple du Bas seront accrochées des bandelettes portant chacune les données d’une personne morte en migration. La légèreté du support n’enlèvera rien à la profondeur de chaque drame.

Une personne remplit des bandelettes de papier.
En écrivant le nom et le destin des exilés sur des bandelettes, les membres du groupe d’intérêts des migrants rendent hommage et visibilité aux victimes de la migration. © Thierry Porchet

 

Au programme du groupe

Ensuite de la Journée des réfugiés, le GI Migration propose notamment, ces prochains mois, cinq rendez-vous de formation, mobilisation et bilan.

  • Mardi 29 juin (18h30, Unia Neuchâtel), le groupe lancera sa campagne contre le permis L, une autorisation de séjour qui induit l’exploitation des travailleurs.
  • Mardi 17 août (18h30, Unia La Chaux-de-Fonds), soirée sur l’assurance perte de gain en cas de maladie et accident; on détaillera notamment la protection contre le licenciement, ses limites, son lien avec les permis et les préliminaires à une procédure AI.
  • Jeudi 9 septembre (18h, Unia Le Locle), Sébastien Abbet, historien, prononcera une conférence basée sur son mémoire de Master (La grève dans la ville. Une cité horlogère entre guerre mondiale, conflits socio-politiques et restauration de l’ordre. Le Locle, 1912-1919) et qui ouvrira la question: 100 ans plus tard, comment et que fait-on?
  • Mardi 28 septembre (18h30, Unia Neuchâtel), focus sur un volet important de la Loi sur le travail: repos, pauses, heures supplémentaires. Une soirée pour répondre aux questions que nous nous posons quotidiennement au travail.
  • Samedi 11 décembre enfin (17h, Centre espagnol La Chaux-de-Fonds), le GI Migration tirera le bilan d’une année qu’il terminera en beauté, en fête et en préparant l’avenir ensemble.