Face aux générations futures, la responsabilité fond comme neige au soleil. Les milieux économiques et les majorités politiques de droite en appellent à ne rien légiférer, alors que si tout le monde consommait comme la Suisse, il faudrait plus de deux Terres par an. Pas étonnant que ce soient des jeunes qui aient lancé l’initiative pour la responsabilité environnementale sur laquelle nous votons le 9 février. Ce sont eux qui vont subir de plein fouet les excès et le non-agir de leurs aînés. Leur proposition ne demande pourtant rien de moins que de pouvoir imaginer un avenir humain sur cette planète, en calquant l’économie sur les ressources à disposition afin de limiter le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité. La question n’est donc pas de sauver les stations de ski de moyenne altitude, mais bien celle d’assurer la survie de nos petits-enfants, dont ceux des classes dirigeantes qui les condamnent lâchement.
Même de hauts lieux de connaissances n’ont cure des limites planétaires. Le changement d’affectation voulu par l’EPFL pour la ferme de Bassenges est également un symbole de ce retour de bâton sur la question climatique. Mettre à la porte de jeunes agriculteurs, faire fi de leurs activités environnementales, culturelles et sociales pour héberger quelques mathématiciens, peut, même si dans une moindre mesure, faire écho au retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Surtout que d’autres possibilités moins invasives et plus respectueuses sont à portée de main, comme le rehaussement de l’actuel Centre mathématique Bernoulli ou la réorganisation des espaces si nombreux au sein du campus. L’EPFL a fait la sourde oreille face à une pétition munie de 8000 signatures, des manifestations et des actions de soutien... Reste l’appel à la justice, mais celle-ci remettra-t-elle en question la décision de l’institution?
Mettre à mort une forêt pour une gravière est un autre signe de l’appétit maladif de notre société. Fin janvier, le collectif Les Grondements des Terres a rappelé la menace qui plane sur le bois du Sépey dans le cadre du plan directeur des gravières du canton de Vaud, dont les autorités sont «prêtes à vendre nos espaces naturels à l’appétit extractiviste de quelques monstrueux groupes industriels». Malgré la ZAD, l’été dernier, qui a permis de sensibiliser la population et de créer l’Association de sauvegarde des bois de Ballens, on assiste, là aussi, à un manque de vision politique à long terme. Et pourtant des solutions existent pour sauvegarder notre environnement, notre santé et notre qualité de vie. Réduire la consommation superflue, rénover les bâtiments actuels, privilégier les transports publics ou encore l’alimentation végétale et locale… La décroissance, surtout des plus riches, n’est de loin pas un retour à l’âge des cavernes comme veulent le faire croire les classes dirigeantes. Mais un envol vers un avenir plus social et égalitaire.