Eldora se plie au jugement

Condamnée à verser quatre mois de salaire à un ex-employé pour licenciement abusif, l’entreprise a d’abord voulu contre-attaquer au pénal, puis s’est ravisée pour débuter un dialogue social durable

En mai 2018, nous relations l’histoire de ces quatre employés du restaurant du personnel de l’entreprise Dentsply Sirona, à Ballaigues dans le Nord vaudois. Employés par le groupe Eldora, ils avaient été licenciés quelques mois auparavant après avoir osé dénoncer les agissements de leur supérieur. Humiliations, insultes, mobbing, ce dernier avait réussi à pousser l’équipe à bout. Unia, qui défendait les travailleurs, a tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec le groupe afin de régler le conflit, en vain. Des procédures individuelles avaient alors été lancées auprès du Tribunal des prud’hommes pour licenciement abusif et mobbing.

Victoire

Un an et demi plus tard, sur les quatre employés concernés, un n’a pas voulu aller en justice, deux autres ont réussi à trouver un accord avec Eldora devant le juge et le dernier a récemment gagné son procès. «Le tribunal a reconnu le licenciement abusif et condamné l’entreprise à verser quatre mois de salaire, soit plus de 22000 francs, rapporte Nicolas Rochat Fernandez, juriste et responsable de la section Unia Nord vaudois. C’est assez rare, ce qui rend la victoire encore plus belle.» Très atteint par cette histoire qui l’avait plongé dans un burn-out déjà en 2018, Thierry* est heureux de ce verdict, rapporte le juriste, même si la procédure a été éprouvante.

Dans un premier temps, Eldora a refusé le verdict et menacé d’attaquer Thierry au pénal pour diffamation. Unia dénonce une attitude invraisemblable et le Conseil d’État est rapidement interpellé par le député et syndicaliste Arnaud Bouverat sur le comportement de cette entreprise, présenté comme «inquiétant».

Conflit résolu

Pour finir, le groupe Eldora a renoncé à recourir au Tribunal cantonal et préféré emprunter la voie du dialogue. Lors d’une rencontre entre la direction générale et le syndicat fin novembre, la première a décidé d’exécuter le jugement dans les meilleurs délais et de retirer toutes les plaintes pénales déposées dans le cadre du litige. «Le syndicat prend acte de cette décision bienvenue, mais regrette que le dialogue n’ait pas pu s’instaurer plus tôt», réagit Unia dans un communiqué de presse.

Afin d’éviter des procédures longues et coûteuses à l’avenir, le syndicat Unia et le groupe Eldora ont décidé d’engager un dialogue social constructif. Le but? Développer des modalités de résolution des conflits, garantir les libertés syndicales et mettre en place des conditions de travail exemplaires dans le domaine de la restauration de collectivités.

Le groupe Eldora et Unia feront état du résultat de leurs discussions, au plus tard au printemps 2020. «Je salue le courage de ces travailleurs qui ont osé dénoncer cette situation au péril de leur avenir professionnel, commente Nicolas Rochat Fernandez. Quand bien même ils ont gagné en justice, la route est encore longue pour la protection des salariés dans ce pays!»

*Prénom d’emprunt.